Servantes des Pauvres
Oblates bénédictines

C'est ta Face, Seigneur, que je cherche

Ma vocation a commencé par une rencontre : sur les bancs de la faculté, une étudiante chrétienne est venue un jour vers moi, et nous avons lié connaissance. Quelques temps après, je lui ai fait part de mon désir de trouver un endroit où l'on chantait du Grégorien ; elle m'a alors parlé d'un prêtre qu'elle connaissait, aumônier d'une Communauté chrétienne d'étudiants, dans laquelle on chantait du Grégorien et dans laquelle - a t'elle ajouté - « il y a beaucoup de vocations » : j'ai été irrésistiblement attirée. Cette amie m'y a emmenée, c'était le « viens et vois » de l'Evangile (Jn 1, v 39 et 46). Je suis allée et j'ai vu : j'ai trouvé une communauté ecclésiale fraternelle, une vie liturgique, un pasteur allant à la rencontre des brebis qui faisaient un pas vers lui et plein de sollicitude pour elles, un enseignement de la foi, les moyens offerts pour une vie chrétienne - et en particulier sacramentelle - intense : confessions régulières et fréquentes, communion la plus fréquente possible (et le rythme ne tarda pas à devenir quotidien pour moi), récollections dominicales régulières ancrant fortement en nous le sens de la sanctification du Dimanche, pèlerinages d'été, de WE ou de petites vacances alliant le « temps fort » spirituel avec la vie fraternelle et la détente, rencontres des jeunes avec des Communautés religieuses... Dans le même temps, j'ai fait connaissance avec le CER où j'ai reçu un enseignement systématique et complet de la Foi chrétienne, avec la nécessaire formation philosophique de 1ère année. Ce cours a ancré fortement en moi l'amour de la Doctrine, de son expression en des formules exactes, complètes, claires, concises et simples, qui apaisent et nourrissent l'intelligence et le cœur, tout en se fixant aisément dans la mémoire. Dans le sillage du CER, j'ai noué aussi des relations dans lesquelles s'alliaient, et le désir de connaître la Vérité et de grandir dans une formation chrétienne vraie et solide, et la joie de l'amitié : je garde une immense reconnaissance envers les amis qui ainsi, très simplement, m'ont tant aidée à cette période de ma vie.

En relisant par le souvenir tous ces événements, je me rends compte que cette grâce inouïe de la vocation a pu aboutir et porter ses fruits en moi, parce que je me suis trouvée plongée dans un milieu très favorable tel que je l'ai décrit plus haut, parce que j'ai trouvé auprès du Père le guide spirituel qui a su venir vers moi, comprendre les attentes que je ne savais pas expliciter, m'aider à discerner l'appel de Dieu ainsi que le lieu où Dieu me voulait, m'en parler lui le premier et c'était au Nom du Seigneur ; tout cela dans un très grand respect de ma liberté qui est toujours restée entière. Ainsi la terre de mon cœur a été préparée à reconnaître et à accueillir la rencontre personnelle et directe avec le Christ, celle de l'appel décisif. Je sais maintenant, de science expérimentale, que cette grâce du « oui » je la dois à beaucoup de prière et de souffrance offertes et appliquées à moi dans le Mystère de la communion des saints, ce mystère où réside toute vraie fécondité spirituelle ; et le Seigneur me dit maintenant : « va, et toi aussi, fais de même ! »

L'important, c'est de voir Jésus Christ dans le malade

Cela fait 30 ans que je suis entrée dans l'Institut religieux des Servantes des Pauvres, oblates bénédictines, qui soignent et servent chez eux les malades Pauvres, ces membres souffrants du Christ en lesquels à la fois Celui-ci se voile et se révèle ; et il me semble que c'était hier. Si c'était à refaire, je le referais sans l'ombre d'une hésitation. Au cours de ces 30 ans, j'ai rencontré aussi la Vierge Marie, et le chemin parcouru jusqu'à aujourd'hui c'est à elle que je le dois : son Cœur maternel, immaculé, est mon refuge dans les difficultés qui ne manquent jamais dans aucune vie chrétienne et religieuse. Ce Cœur est l'école où j'apprends la science suréminente de Jésus-Christ dans l'Ecriture et où j'apprends le Bel Amour, il est l'Arche d'Alliance où je suis unie au Seigneur dans la Liturgie, dans l'oraison, dans notre vie familiale bénédictine et dans notre service contemplatif des Pauvres ; il est ma forteresse où je reçois la force de perdre chaque jour ma vie « à cause du Christ et de l'Évangile. » Ce Cœur est mon chemin de sainteté, ma joie, ma paix, mon absolue sécurité car je sais qu'il me conduira à la vision éternelle de la Face du Christ, l'Objet de la quête inlassable de toute Servante des Pauvres ; à toi qui me lis, mon frère ou ma sœur dans le Christ, ce Cœur de Marie, ce Cœur immaculé, est à toi aussi, car à toi aussi le Christ a donné Marie pour Mère quand il mourait en Croix pour toi ; attaches-toi à ce Cœur sans réserve, comme Dieu le veut, et sois alors sûr que tu parviendras là où Dieu te veut !

Une Servante des Pauvres