Servantes des Pauvres
Oblates bénédictines
Logo du Vatican

La promotion des vocations à la vie consacrée

1. Lorsque nous avons traité de la fondation de la vie consacrée par Jésus-Christ, nous avons rappelé les appels qu'il a adressés dès le début de sa vie publique, généralement explicités par ces mots : « Suis-moi ! ». Son souci de lancer ces appels montre l'importance que Jésus attribuait au fait d'être disciple selon l'Évangile pour la vie de l'Église. Il liait cette marche à sa suite aux « conseils » de vie consacrée par lesquels il voulait que ses disciples soient rendus conformes à lui-même, qui est le cœur de la sainteté évangélique (cf. Veritatis splendor, 21). De fait, l'histoire atteste que les personnes consacrées – prêtres, religieux, religieuses, membres d'autres Instituts et de mouvements analogues – ont joué un rôle essentiel dans l'expansion de l'Église comme dans ses progrès en sainteté et charité. Les vocations à la vie consacrée n'ont pas moins d'importance dans l'Église d'aujourd'hui que dans les siècles passés. On constate malheureusement en beaucoup d'endroits que leur nombre n'est pas suffisant pour répondre aux besoins des communautés et de leur apostolat. Il n'est pas exagéré de dire que, pour certains Instituts, ce problème se pose d'une manière dramatique, jusqu'à mettre en question leur survie. Même sans vouloir partager certaines prévisions funestes concernant un avenir pas si lointain, on constate déjà aujourd'hui que, par manque de sujets, certaines communautés sont contraintes de renoncer à des œuvres normalement destinées à produire d'abondants fruits spirituels ; on peut, plus généralement, constater également que la diminution des vocations entraîne un déclin de la présence active de l'Église dans la société, causant des dommages notables dans tous les domaines. La rareté actuelle des vocations en certaines régions du monde constitue un défi que l'on doit affronter résolument et avec courage, dans la certitude que Jésus-Christ qui, durant sa vie terrestre, a lancé tant d'appels à la vie consacrée, les adresse encore dans le monde moderne et reçoit souvent de généreuses réponses d'adhésion, comme le prouve l'expérience quotidienne. Connaissant les besoins de l'Église, il ne cesse jamais d'adresser son invitation : « Suis-moi ! », particulièrement aux jeunes, que sa grâce rend sensibles à l'idéal d'une vie entièrement donnée.

2. Du reste, le manque d'ouvriers pour la moisson de Dieu a constitué, dès les temps évangéliques, un défi pour Jésus lui-même. Son exemple nous permet de comprendre que le trop petit nombre de consacrés est une situation inhérente à la condition du monde et pas seulement un fait accidentel dû aux circonstances actuelles. L'Évangile atteste que Jésus, circulant par les villes et les villages, a ressenti de la pitié devant les foules « fatiguées et abattues comme des brebis sans pasteur » (Mt 9, 36). Il a cherché à remédier à cette situation en prodiguant son enseignement aux foules (cf. Mc 6, 34) mais il a voulu associer ses disciples à la solution du problème en les invitant, avant tout, à la prière : « Priez le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers à sa moisson » (Mt 9, 38). Selon le contexte, cette prière est destinée à procurer aux gens un plus grand nombre de pasteurs. Mais l'expression « les ouvriers de la moisson » peut revêtir un sens plus large, en désignant tous ceux qui travaillent au développement de l'Église. La prière vise alors à obtenir aussi un plus grand nombre de consacrés.

3. L'accent mis sur la prière est surprenant. Étant donné l'initiative souveraine de Dieu dans l'appel, on pourrait penser que seul le Maître de la moisson, indépendamment de toute autre intervention ou collaboration, doit pourvoir au nombre d'ouvriers. Jésus, au contraire, insiste sur la coopération et la responsabilité de ses disciples. Même à nous, hommes d'aujourd'hui, il enseigne que, par la prière, nous pouvons et devons exercer une influence sur le nombre des vocations. Le Père accueille cette prière parce qu'il la désire et l'attend, et lui-même la rend efficace. Dans les moments et les lieux où la crise des vocations se fait plus grave, cette prière s'impose encore davantage. Mais, à toute époque et en tout lieu, elle doit monter vers le Ciel. En ce domaine, il y a donc toujours une responsabilité de toute l'Église et de tout chrétien. On doit associer à la prière l'action pour la promotion et l'augmentation des réponses à l'appel divin. En cela aussi, nous trouvons le premier modèle dans l'Évangile. Après son premier contact avec Jésus, André lui amène son frère Simon (cf. Jn 1, 42). Certes, c'est bien Jésus qui se montre souverain dans l'appel adressé à Simon mais, par son initiative, André a joué un rôle décisif dans la rencontre de Simon et du Maître. « C'est ici, dans un sens, que se trouve le cœur de toute la pastorale des vocations » (Pastores dabo vobis, 38).

4. La promotion des vocations peut venir soit d'une initiative individuelle, comme le fut celle d'André, soit d'actions collectives, comme cela se passe en de nombreux diocèses où s'est développée la pastorale des vocations. Cette promotion vocationnelle ne tend aucunement à limiter la liberté de choix que chacun possède sur l'orientation de sa propre vie. La promotion évite donc toute forme de contrainte ou de pression sur la décision de chacun. Mais elle veut éclairer le choix et montrer à chacun en particulier le chemin ouvert sur la voie du « Suis-moi! » de l'Évangile. Les jeunes ont plus spécialement le besoin et le droit de recevoir cette lumière. Par ailleurs, il est certain qu'il faut cultiver et renforcer les germes de la vocation, spécialement chez les jeunes. La vocation doit se développer et grandir : généralement, cela ne se produit pas si ne sont pas assurées des conditions favorables à ce développement et à cette croissance. C'est cela que visent les institutions pour les vocations et les diverses initiatives, réunions, retraites, groupes de prière, etc., que promeut l'œuvre des vocations. On ne fera jamais assez dans la pastorale des vocations, même si toute initiative humaine devra toujours s'exercer dans la conviction que, en définitive, c'est la souveraineté divine qui décide de l'appel de chacun.

5. Une forme fondamentale de collaboration est le témoignage des consacrés eux-mêmes, qui exerce une attraction efficace et salutaire. L'expérience montre que, fréquemment, c'est l'exemple d'un religieux ou d'une religieuse qui agit d'une manière décisive sur l'orientation d'une jeune personnalité, qui a pu découvrir dans leur fidélité, leur cohérence et leur joie, un idéal concret de vie. En particulier, les communautés religieuses ne peuvent attirer les jeunes que par un témoignage collectif de consécration authentique, vécue dans la joie de la donation personnelle au Christ et aux frères.

6. Il faut enfin souligner l'importance de la famille comme milieu de vie chrétienne où la vocation peut se développer et grandir. J'invite encore une fois les parents chrétiens à prier pour obtenir qu'un de leurs enfants soit appelé par le Christ à la vie consacrée. La tâche des parents chrétiens est de former une famille où soient honorées, cultivées et vécues les valeurs évangéliques, et où une vie chrétienne authentique puisse élever les aspirations des jeunes. C'est grâce à ces familles que l'Église continuera à engendrer des vocations. Aussi demande-t-elle aux familles de collaborer dans la réponse au « Maître de la moisson », qui exige de nous tous qu'on envoie de nouveaux « ouvriers à sa moisson ».

Jean Paul II
Audience générale du 19 octobre 1994