Servantes des Pauvres
Oblates bénédictines

… La Mosaïque

L'idée fondatrice était de laisser transparaître dans la nuance l'essence divine qui émane du Christ et baigne toutes choses dans la lumière du Créateur (symbolisée par les tesselles d'or disséminées dans la partie supérieure de la composition), le bleu du ciel et de l'eau, le vert du végétal, le brun de la terre, les rouges et oranges du feu, ainsi que le gris symbolisant le monde minéral (bien que le mosaïste soit bien placé pour savoir que le minéral n'est pas plus gris que vert ou que rose). A moins que les zones grises situées au bas de la composition ne soit ma propre traduction du buisson d'épines que serait l'anthroposphère moderne où l'homme s'est totalement coupé de son rapport à la Nature et au Divin comme modèle d'équilibre.

Le plus déstabilisant pour le mosaïste est de créer, au sol, une œuvre à destination murale d'une dimension telle que l'on ne peut jamais prendre le recul nécessaire pour mesurer les effets obtenus. Il s'agit d'intellectualiser la représentation du travail en place sur la voûte, qui ne sera confirmé qu'une fois la mosaïque définitivement en place.

 

Les 8 caisses de bois contenant tous les morceaux du puzzle de la mosaïque soigneusement numérotés arrivent en la chapelle Saint Sauveur le 14 avril 2008.

 

Le tout est d'abord reconstitué à même le sol de la chapelle sur l'épure qui a servi de modèle.

 

Les morceaux seront montés un à un au fur et à mesure de la pose.

 

Cela donne à toutes les sœurs la joie de contempler, de près et dans le détail, ce chef d'œuvre.

 

La phase de pose in situ prendra une quinzaine de jours au cours desquels nous avons pu bénéficier du merveilleux accueil des Servantes des Pauvres qui nous offraient le réconfort d'un repas chaud chaque jour après plusieurs mois de pique nique frileux. Le plus difficile était enfin derrière nous…

 

La satisfaction de l'œuvre accomplie, entièrement terminée le 30 avril, quelques instants avant la sonnerie des premières Vêpres de l'Ascension.

 

Les derniers ajustements d'éclairage, tâche des plus complexes lorsque l'on sait qu'il s'agit de faire jouer la lumière sur une surface composée d'environ 200 000 tesselles aux inclinaisons variées, pour rendre au mieux l'image que le mosaïste a intellectualisé pendant des mois …

 

et voici l'œuvre achevée qui prend toute son ampleur.

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De l'art de la mosaïque, ou de l'infiniment petit à l'infiniment grand

Saint Augustin, dans un dialogue philosophique intitulé De ordine (386), souligne le principe même de la mosaïque. La merveille, dit-il, est que, même dans l'infiniment petit, on constate à la fois la distinction des parties (distinctio) et leur unité dans un tout organisé (compositio). Le mouvement est double : chaque élément est distinct en lui-même, mais repris dans une totalité qui lui donne un sens. Chaque tesselle est placée séparément dans une rangée à côté d'une autre, et, en même temps, elle participe d'une « composition » globale où elle est en quelque sorte « subsumé » dans l'appréhension d'une figure. Quelle technique plus appropriée que la mosaïque pour symboliser cette idée du divin dont chaque parcelle de vie organique ou minérale est empreinte ! Exprimer la continuité de la forme à partir de la discontinuité du matériau : effet obtenu grâce à un artifice appelé opus vermiculatum, rythme créé à partir de tesselle de marbre ou de smalt (émaux de verre vénitiens) taillés 'à la demande' pour s'emboîter les uns dans les autres comme les éléments d'un puzzle qui compterait environ 200 000 pièces.

Benoît Pouplard - Atelier Lokus - Gennes - août 2008

 

 

 

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