
donnée par le Révérend Père J. B. de Langalerie
en la Chapelle de la Maison-Mère le 25 décembre 2009
"Et Verbum caro factum est"
Le Verbe s'est fait chair
Le prologue de l'évangile de St Jean que nous venons de lire nous fait entrer dans une connaissance plus grave, mais plus profonde aussi, du mystère de l'Incarnation. Il nous fait contempler la nature divine de cet Emmanuel, ce Dieu avec nous, que nous avons adoré dans la douce lumière de l'étable cette nuit . Nous avons alors senti tout Son amour d'une façon quasi palpable : oui vraiment « Dieu est Amour »
.
Mais si Dieu se communique à nous, Il nous communique en même temps ce qu'Il est : Dieu qui, par définition, se suffit à Lui-même, étant Amour, doit avoir quelqu'un à aimer et quelqu'un qui à son tour L'aime.
Cette simple réflexion nous fait entrer de plein pied dans le mystère trinitaire : le Père aime une personne, son Fils, qui Lui est consubstantiel, et cela dans l'échange d'un même et unique Amour, l'Esprit Saint, troisième personne de la Trinité. Et ce Fils est si uni au Père qu'Il en est la Parole, la Sagesse, le Verbe dont nous a parle l'évangile d'aujourd'hui.
Mais ce Dieu qui se suffit à Lui-même et n'a pas besoin de nous, va faire comme s'Il avait besoin de nous et va venir implorer notre amour en se faisant homme : cette Sagesse éternelle, le Logos du Père, va se faire chair :
"Et Verbum caro factum est" : le Verbe éternel, sans quitter son Père, vient habiter parmi nous.
Déjà le prophète, illuminé par l'Esprit divin, chantait :
« Éclatez en cris de joie, ruines de Jérusalem ! ».
Jérusalem la cité sainte, était abandonnée aux conséquences de son péché. Délabrée, elle n'était plus que l'ombre d'elle-même. Et voici qu'un jour nouveau s'est levé sur ses remparts en brèche : « les guetteurs voient de leurs yeux le Seigneur qui revient à Sion ». Dieu a agit, « le Seigneur a consolé son peuple, Il rachète Jérusalem. »
Mais dans la plénitude des temps, ces visions prophétiques « fragmentaires et variées » sont dépassées, confirme saint Paul :
« Dans ces jours où nous sommes, [Dieu] nous a parlé par son propre Fils » qu'Il nous invite à adorer dans la crèche. « Reflet resplendissant de la gloire du Père, expression parfaite de son être, ce Fils qui porte toutes choses par sa parole puissante » vient à nous comme un enfant qui désire être accueilli.
Tel est l'avènement que nous célébrons. Telle est la joie à laquelle nous nous sommes préparés durant tout l'Avent en retournant vers le Seigneur notre Dieu. Retourner à Dieu est toujours comme une nouvelle naissance car la puissance de Dieu est sans limite. Et saint Jean ouvre son évangile par le récit d'un commencement, une nouvelle création dont l'origine est le Verbe de Dieu par qui tout a été fait.
Méditer le prologue en ce saint jour de Noël est donc proclamer, dans la foi, qu'aujourd'hui, un jour nouveau se lève sur nous. Dieu certes peut naître un certain jour, mais surtout Il fait le jour en naissant. Lorsqu'Il se fait chair, Dieu s'ouvre sur le monde d'une manière qui le renouvelle et l'illumine de l'intérieur.
Cette lumière si douce éclaire en premier lieu Marie et Joseph. Ce sont eux que les bergers voient d'abord, comme si le Bon Dieu nous reconnaissait le besoin d'une étape d'acclimatation par ces médiateurs qui nous introduisent dans Sa lumineuse pureté. Sans aucun doute ils font partie du signe que l'Ange annonçait cette nuit aux bergers car nous aussi, même dans les choses les plus simples de la vie spirituelle, nous avons besoin de ces deux guides attentifs et discrets.
Mais au fond, la lumière qui les éclaire est la manifestation du don que Dieu fait à Noël. En effet, en épousant notre humanité, le Verbe inaugure une relation de dépendance inouïe avec l'homme.
Noël est une expérience d'incorporation.
Marie et Joseph ne font rien, ils ne disent rien ; ils écoutent et ils regardent. Ils accueillent le don de Dieu en faisant le don d'eux-mêmes. Dieu prend un corps, Marie et Joseph, les premiers, en deviennent membres. En contemplant l'enfant Jésus, ils voient celui qui dépend entièrement d'eux. Et nous découvrons, contemplant Marie et Joseph tournés vers leur fils, le regard de l'Église qui contemple Celui dont elle dépend entièrement.
Ce mystère est grand et il concerne chacun de nous parce que Dieu s'est fait petit enfant, un enfant qui n'avait pour seul berceau que l'amour unissant Marie et Joseph. Il nous montre ainsi que Dieu donne sa vie à travers ce qui est le plus petit, le plus faible, le plus démuni mais dont la force même est cette pauvreté. La pratique de l'amour de Dieu qui se fait dans un mouvement d'adoration et disponibilité, engendre l'offrande de soi-même.
« Le Verbe était auprès de Dieu », Il était uni à Dieu dans un face-à-face qui n'est que don de soi et amour. C'est à la crèche que Dieu nous réapprend à nous tenir face à Lui, qu'Il nous initie à l'adoration de fils, c'est à la crèche que Dieu nous attire irrésistiblement en Lui.
Courrons donc à la suite des bergers ! Accueillons avec reconnaissance, la lumière qui crée le jour nouveau. Demandons au Seigneur de faire de nous des fils de Dieu puisqu'Il a voulu devenir fils de l'homme. Ouvrons-lui les portes de notre coeur et qu'Il nous fasse la grâce de nous accueillir près de son berceau.
Venez, adorons-le !
(Cette homélie est très inspirée par le Père Verlinde)