
donnée par le Révérend Père J. B. de Langalerie
en la Chapelle de la Maison-Mère le 8 décembre 2009
« Le Seigneur m'a faite pour Lui au commencement de son action, avant ses œuvres les plus anciennes ».
Cette sentence du livre des Proverbes est traditionnellement appliquée dans la Liturgie à la Vierge Marie. Ce matin encore nous la méditions pendant les Laudes.
St Léonard de Port-Maurice, qui vécut au XVIIIème siècle, fut un fervent partisan de la foi en l'Immaculée Conception dans la plus pure tradition franciscaine. Il explique, dans un touchant fervorino, c'est-à-dire dans cette forme populaire italienne de prédication destinée à enflammer les cœurs, il explique donc comment l'adorable Trinité toute entière s'est employée à former son chef d'oeuvre :
« Le Père y mit toute Sa Puissance, le Fils toute Sa Sagesse et l'Esprit Saint tout Son Amour.
Et ce n'est pas sans raison puisque le Père éternel formait en elle Sa fille, le Fils ornait Sa mère et l'Esprit Saint enrichissait Son épouse. »
Et il conclut :
« Jugez quelle dut être la beauté de Marie ! »
Est-il besoin de rappeler que, le 8 décembre 1854, le Saint Père, Pie IX, proclamait cette vérité qui porte depuis la marque indélébile de l'infaillibilité :
« Par une grâce et un privilège singulier de Dieu tout puissant et - intuitu meritorum Christi Jesu Salvatoris humani generis - en vue des mérites de Jésus Christ Sauveur du genre humain, la Vierge Marie a été au premier instant de sa conception préservée de toute tache du péché originel.»
« En vue des mérites de Jésus Christ Sauveur du genre humain » : c'est cette intelligence plus profonde de l'action prévenante des mérites du Christ qui enleva tous les obstacles théologiques pour que cette grande vérité de foi l'emporte.
Le grand docteur Saint Thomas lui-même n'avait-il pas hésité sur ce point ?
Je dis "hésité" car certes, dans la Somme Théologique, il semble s'accorder avec les théologiens d'alors, - Saint Bernard par exemple -, ne voulant pas diminuer la toute puissance salvifique du Christ, ( « Salvator omnium hominum », nous dit St Paul) ; il pense donc, que la Vierge Sainte, après l'infusion de son âme encore entachée du péché commun à tous les hommes comme l'affirmait Saint Augustin, a elle aussi dû en bénéficier. Mais, à la fin de sa vie, dans la prédication qu'il donnera pendant le Carême 1273 à Naples, commentant la Salutation Angélique, il affirme, sans aucune hésitation, que
« Marie fut la toute pure
tant par rapport à la plus petite faute
vu qu'elle ne connut jamais la faute d'origine,( c'est-à-dire le péché originel),
ni qu'elle ne commit par la suite aucun péché ni mortel ni véniel,
tant aussi par la peine ».
Il revenait en fait à sa première pensée exprimée dans ses commentaires sur le livre des Sentences de Pierre Lombard.
On peut alors se demander pourquoi a-t'il fallu attendre 1850 années pour affirmer une telle réalité si fondamentale pour notre foi ?
Il me semble que deux doivent être les réponses :
La première est que les théologiens affirment que l'importance et le rôle de Marie, dont l'essentiel certes est donné dans les Evangiles mais d'une façon très succincte, ont été mis au second plan au début de l'Eglise par rapport au Christ
- pour d'une part souligner que tout vient de la Tête de l'Eglise, c'est-à-dire du Verbe de Dieu qui se fait homme
- et d'autre part, à cause de l'humaine fragilité, de ne pas en faire une déesse.
Et Il fallait en fait attendre que toute l'action salvifique du Christ Sauveur, dans sa double nature humano-divine, fut mise en lumière pour que le rôle de Marie soit pleinement compris. Nous pouvons simplement ajouter que tout était déjà en germe dans la définition de la Théotokos du Concile d'Ephèse.
La deuxième réponse qu'il faudra sans doute approfondir mais dont je veux donner quelques éléments, se trouve, me semble-t-il, dans les premières paroles du Traité de la Vraie Dévotion de St Louis Marie Grignon de Montfort, ce livre qui ne quittait pas la poche de Karol Wojtyla lorsqu'il était ouvrier à l'usine Solvay pendant la guerre :
« C'est par la Très Sainte Vierge Marie que Jésus est venu dans le monde, c'est aussi par elle qu'il doit régner dans le monde ».
Régner certes dans les cœurs mais régner aussi dans le monde.
Et si, à Fatima, la Vierge nous assure du triomphe de son Cœur Immaculé ("A la fin, mon Cœur Immaculé triomphera", dit-elle aux enfants), il nous faut donc penser aussi au triomphe du Christ qui veut et doit régner par Marie, nous dit l'apôtre marial.
A Sainte Marguerite Marie, en juin 1689, le Sacré Cœur, lorsqu'il explique les raisons pour lesquelles il demande au roi la consécration de son Royaume et de lui-même à son Cœur, parlera aussi de son désir de régner dans le monde, se servant pour cela du roi de France. Mais nous sommes là dans des causes plus secondes, dirais-je, et c'est un autre sujet.
Aujourd'hui, rappelant, mes sœurs, le renouvellement de la Consécration à la Vierge Immaculée que vous fîtes l'an dernier, année du 150ème anniversaire de Lourdes,
consécration à son service,
consécration de vos personnes et de vos communautés,
et déposant pour cela dans les mains de la Vierge votre humble et belle mission au service des pauvres,
avec vous, aujourd'hui, nous renouvelons notre consécration à Marie, la priant de nous bénir toujours et de nous conserver dans son Cœur douloureux et immaculé.
Et continuons la célébration liturgique, en chantant ses louanges, forts des paroles de Saint Anselme que le bréviaire nous fait méditer aujourd'hui :
« Dieu a engendré Celui sans qui absolument rien n'existe ;
Marie a enfanté Celui sans lequel absolument rien n'est bon.
Oui, ô Marie, le Seigneur est avec toi : Il t'a fait un tel don que, la nature entière est grandement redevable, en même temps qu'à Lui, à toi aussi !»
Amen