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Sœur Jeanne-Maïa 27-05-2018

Sœur Jeanne-Maïa

Fête de la Très Sainte Trinité 27 Mai 2018

Première profession de Sœur Jeanne-Maïa

Homélie de l'abbé de Mesmay

Au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

C’est la fête de la Sainte Trinité. La fête du Père et du fils, et du Saint Esprit. Bien entendu, il s’agit là d’un grand mystère. Et je serai bien incapable de vous expliquer ce mystère. Vous connaissez tous cette anecdote de la vie de saint Augustin où il se promenait sur la plage – lui aussi venait d’un pays où il y avait des plages – et il cherchait à comprendre le mystère de la Sainte Trinité. Et un petit garçon qui, lui, était sur le bord de la plage et qui avait creusé un trou avec une coquille, venait chercher de l’eau à la mer et la ramenait dans le trou, en faisant des allers-retours incessants ; au bout d’un moment, le grand saint Augustin sort de ses pensées et demande à ce petit garçon : "Que fais-tu là ?" Et le garçon dit : "Je vais mettre toute l’eau de la mer dans le trou". Saint Augustin dit : "Mais tu n’y arriveras pas !" et le garçon répond : " Eh bien, j’aurai réussi à mettre toute la mer dans le trou avant que tu aies compris la moindre parcelle du mystère de la Sainte Trinité." Donc, ne comptez pas sur moi pour remplacer saint Augustin et pour vous expliquer ce qu’est ce mystère ! Mais nous pouvons quand même essayer de l’approcher, de comprendre comment il peut y avoir un seul Dieu en trois Personnes ; peut-être de comprendre quand nous disons que "Dieu est Amour". Nous savons bien, nous, que l’amour est un problème de relations entre des personnes. Et pour dire que Dieu est amour, ça sous-entend bien -alors qu’il est unique- qu’il est en relation avec des personnes. Et ces personnes, c’est Lui-même : le Père, le Fils et le Saint Esprit. Ainsi, Il est comme un chaudron d’amour, de cet amour du Père pour le Fils, du Fils pour le Père, du Fils pour le Saint Esprit, du Saint Esprit pour le Père, pour le Fils, etc., un échange permanent d’amour. Voilà qui est notre Dieu.

Et alors, on pourrait s’arrêter là et contempler le Dieu d’Amour dans sa Trinité, toute puissante, cet échange entre le Père, le Fils et le Saint Esprit. Sauf que – nous le savons tous parce que nous l’avons expérimenté – la mesure de l’amour, c’est d’aimer sans limite. Et donc Dieu a voulu partager cet amour. Ainsi, comme fruit du mystère de cette Sainte Trinité, du Père, du Fils et du Saint Esprit, il y a le mystère de la création, et en particulier, de la création de l’homme et de la femme, la création de chacun de nous, comme le dit la Genèse, "à l’image et à la ressemblance de Dieu". Cela devrait nous faire réfléchir, frères et sœurs : nous sommes à l’image de l’amour du Dieu trinitaire, nous sommes à l’image du Père, du Fils et du Saint Esprit. C’est-à-dire -et nous le disons bien- nous sommes des êtres de relation, particulièrement dans une communauté, mais nous ne pouvons pas vivre tout seuls sur notre île déserte.  Ainsi nous comprenons bien, de l’intérieur de nous-mêmes, que nous sommes des êtres de relation. Mais ce que nous avons plus de mal à vivre, c’est à être des êtres de relation d’amour, comme le Père, le Fils et le Saint Esprit. Alors, comme cela nous est difficile, Dieu nous a fait un cadeau supplémentaire. Au jour de notre baptême, nous avons été plongés (baptême, ça veut dire plonger en grec), nous avons été plongés dans le Père, le Fils et le Saint Esprit, plongés dans l'Amour du Père, du Fils et du Saint Esprit, submergés d’amour. Voilà le cadeau que Dieu nous a fait. Non seulement il nous a faits à son image et à sa ressemblance, Dieu d’amour, mais il nous a plongés dans son Amour pour toujours. Parce que quand Dieu fait un cadeau, c’est pour toujours. "Amour" rime avec "toujours". Et c’est le cas de Dieu. Ainsi, il nous a plongés dans cet Amour. Et il nous propose de renouveler, jour après jour, ce baptême. Nous le faisons en particulier chaque fois que nous traçons sur nous le signe de la croix, pour nous rappeler le Père, le Fils et le Saint Esprit ; chaque fois que nous commençons une prière ; chaque fois que nous terminons un psaume ; chaque fois que nous terminons une prière ; chaque fois que nous entrons dans une église et combien de fois…, sans parler des joueurs de foot qui le font assez habituellement quand ils rentrent sur le terrain (mais je ne sais pas si c’est pour se rappeler qu’ils sont fils du Dieu Trinité… peut-être !.. en tous cas nous pouvons prier pour que ça le devienne.) Ainsi, quand nous traçons le signe de la croix, c’est bien le rappel de notre baptême, au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit ; et chaque fois que nous venons recevoir les sacrements, où Dieu se renouvelle à travers eux à l’intérieur de chacun de nous. Par excellence, bien sûr, l’Eucharistie. Mais tous les autres sacrements à l’image de l’Eucharistie. Et puis le fait de prononcer les vœux, comme aujourd’hui, Sœur Jeanne-Maïa, vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance,  c’est aussi une manière de renouveler en nous cette image du Dieu d’Amour, du Dieu trinitaire. Trois personnes, trois vœux, ce n’est sûrement pas par hasard. Pauvreté, chasteté, obéissance, à l’image même de Dieu, finalement. Alors, nous le voyons parfaitement dans l’image du Christ, c'est celui que nous visualisons le mieux, enfin je le prendrai comme image, mais je pense que ces trois vertus peuvent s’adresser aussi directement au Père et au Saint Esprit.

Alors le problème du mystère de la Sainte Trinité, c’est que cela pourrait nous écraser et nous faire très, très peur. Parce que c'est, honnêtement, complètement hors de portée de qui que ce soit parmi nous (sauf peut-être quelques Sœurs, peut-être les plus anciennes parvenues à une certaine sagesse et amour du Seigneur… et encore !) Et donc, cela devrait nous faire peur : "C’est impossible, nous n’y arriverons pas". Alors, d’ailleurs c’est pour ça que certains préfèrent abandonner tout de suite : on laisse tomber, on quitte le Seigneur, et comme ça c’est plus simple. Et pourtant… c’est qu’ils n’ont pas lu l’Évangile de ce jour. J’aime beaucoup cet Évangile. J’aime beaucoup tout l’Évangile, mais ce passage en particulier. "Quand ils le virent, ils se prosternèrent, dit la Parole de Dieu, mais certains eurent des doutes". ça, c’est inouï ! Parce qu’on est avec des Apôtres… alors, bien sûr, ils ont eu des doutes, ils n’ont toujours pas cru que le Christ était ressuscité, pourtant il a mangé avec eux, etc., ils ont des doutes. On pourrait s’attendre à ce que Jésus leur demande : Une fois que vous aurez terminé vos doutes, allez, de toutes les nations faites des disciples etc. Mais il ne leur dit pas ça. Il dit : mais certains eurent des doutes. Alors Jésus s’approcha et leur dit : "tout pouvoir m’a été donné au ciel, sur la terre ; allez, de toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit." C’est profondément rassurant. Même si nous avons des doutes, ou parce que nous avons des doutes, nous devons partir annoncer à nos frères que le Christ est ressuscité. Pourquoi ? Parce que tout pouvoir a été donné, et non pas à chacun de nous, ni à Sœur Jeanne-Maïa, ni à qui que ce soit, mais au Seigneur. Et c’est le Seigneur que nous annonçons. En plus, Il nous donne cette promesse, valable pour chacun de nous, qui que nous soyons, parce que tous, nous sommes des pécheurs, nous n’avons aucun doute là-dessus : "moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde". Alors, c’est en nous appuyant sur la parole même du Christ que nous pouvons prendre des engagements comme va le faire aujourd'hui Sœur Jeanne-Maïa, engagements qui nous paraissent hors de proportion pour ce que nous sommes, mais parce que nous sommes avec le Christ, parce qu’Il nous a promis d’être avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde. Alors nous pouvons avancer. Il ne reste qu’une chose à faire, c’est, pour chacun de nous, d'être aussi avec Lui tous les jours jusqu’à la fin du monde. Amen.