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Jubilé d’Argent de Sœur Marie Bernard 10-02-2018

Sœur Marie Bernard
En la fête de Sainte Scholastique sœur Marie Bernard a célébré son jubilé de 25 ans de Profession. La cérémonie était présidée par le Père Franck Zeuschner, Religieux de Saint Vincent de Paul, curé de la paroisse Notre Dame du Bon Conseil, à Paris.

Homélie du Rd Père Franck Zeuschner

Jubilé de Sœur Marie-Bernard

10 février 2018

Il y a beaucoup d’émotion à se retrouver dans cette belle chapelle, à célébrer ce double jubilé dans cette chapelle qui s’est parée de toute sa beauté, ces beaux bouquets… J’avais l’habitude de la voir le Mercredi Saint, elle était déjà belle ; elle est resplendissante pour l’occasion. Beaucoup d’émotion, mes Sœurs, que de voir votre belle Communauté. Des sœurs partent vers le Ciel, et d’autres arrivent. C’est émouvant de voir des voiles blancs, de rendre grâce au Seigneur pour cette belle richesse, ce beau signe de la fécondité de son Église et de votre belle Congrégation.

Chère Sœur Marie-Bernard, mes Sœurs, chers membres de la famille, et amis, laissez-moi aussi ajouter de la part de notre Père Chéreau :  « ma très chère Agathe, quelle joie ! » Quelle joie que d’être réunis ce matin pour le plus grand événement qui soit au monde ! (Vous avez bien fait de venir… ) En effet, nous sommes réunis pour célébrer l’Amour de Dieu, l’amour de Dieu pour sa créature, un amour fidèle, inlassable, obstiné même, indéfectible : "misericordias Domini in aeternum cantabo". « Sans fin, Seigneur, je chanterai ta miséricorde ».

C’est bien cela qui nous remplit de joie, et nous associons à votre Jubilé d’Argent votre cher oncle Philippe qui a célébré ses 50 ans de sacerdoce. Il est important de célébrer dans l’action de grâce ces dates anniversaires, quel qu’en soit d’ailleurs le nombre des années, – il y a des jeunes professes qui ont deux ou trois ans de vœux, il faut célébrer chaque année cette date. Les fiancés célèbrent bien chaque mois leur date de rencontre – car, ne nous y trompons pas, c’est bien d’amour qu’il s’agit aujourd’hui. A une époque où la vie religieuse est méconnue, incomprise, il peut paraître insensé qu’une jeune fille choisisse librement de consacrer sa vie à Dieu, sauf, à l’extrême rigueur, si elle est vraiment laide… ou sotte. Drôle de mentalité où l’on offrirait au Seigneur ce dont le monde ne voudrait pas. Pour beaucoup c’est un choix de vie irraisonné. Même si chacun est libre de disposer de sa vie, dans ce domaine il semblerait y avoir des limites. Il est vrai qu’il faut être un peu fou pour agir ainsi, mais de cette folie de Dieu finalement plus sage que la sagesse des hommes. Rappelez-vous l’homme de la parabole, qui, en toute hâte s’en va vendre sa charrue et son bœuf qui seuls pourtant lui permettent de survivre. Et il s’en va acheter le champ qu’il ne pourra donc plus labourer. Cet homme passe aussi pour un insensé. Nous savons pourtant que son choix n’est pas celui d’un fou, bien au contraire. Plus les années passent, moins on regrette le choix de Dieu. C’est-à-dire d’avoir répondu au choix gratuit de Dieu pour nous. Il vous a choisie, ma Sœur. Il vous a élue. Dieu choisit les petits comme Bernadette, comme Notre-Dame aussi, dont nous célébrerons demain les 160 ans de son apparition à Lourdes.

Ma Sœur, vous fréquentiez assidûment la paroisse Notre-Dame du Bon Conseil à Paris ; vous aviez vos amis, un Père spirituel hors normes, en la personne du Père Dominique Chéreau. Vous avez commencé à vous donner dans différentes œuvres. Je me souviens notamment des guides et des louvettes, belle œuvre d’éducation et d’évangélisation de la jeunesse. Je ne sais pas, ma Sœur, la phrase de Jésus qui a touché les oreilles de votre cœur et qui vous attirée à Lui jusqu’en ce monastère. Peut-être celle de saint Matthieu qui dit : « Que sert à l’homme de gagner l’univers s’il le paie de son âme ? » À quoi bon en effet chercher à tout obtenir si on rate l’essentiel ? Au même moment, plusieurs jeunes hommes entraient chez les religieux de saint Vincent de Paul ; Dominique qui n’a pas pu être des nôtres ce matin, Alexis – qui est dans l’assemblée, Jean-Luc et moi-même. Le Seigneur nous a attirés, séduits, et nous n’avons jamais été déçus… enfin, nous n’avons jamais été déçus de Lui ! Car avec le temps nous avons réalisé que le cadeau que nous souhaitions Lui faire était bien petit, disproportionné à côté de celui qu’Il nous faisait, qu’Il nous fait continuellement. Le Seigneur connaissait notre petitesse, dès le début, et pourtant Il vous a choisie. C’est Lui qui vous comble jour après jour, vous soutient, vous porte, et qui vous réjouit de sa joie qui est la joie du Ciel. Oui, la joie du Ciel sur la terre, c’est cela la vie religieuse.

Ma Sœur, chaque pauvre, chaque malade que vous avez visité, malgré votre fatigue, malgré l’insatisfaction peut-être de ne pouvoir en faire plus, chacun d’entre eux vous a apporté beaucoup plus que vous ne lui avez-vous-même donné. C’est dire !... Cette joie, cachée aux sages et aux savants, et révélée aux petits, comble vraiment notre cœur. Pour la vie. Les épreuves n’ont pas manqué : le retour à Dieu de votre cher papa, d’autres décès, j’en suis convaincu ; les frottements communautaires inévitables car, contrairement à ce que les gens pensent, on n’entre pas au monastère parce qu’on est saint, parce qu’on est sainte, mais justement pour le devenir. Alors parfois, certains religieux, certaines religieuses, par leur tempérament trempé, sanctifient leur entourage. Cela nous arrive à tous, je pense. A nous de veiller à ne pas nous spécialiser dans cette mission un peu particulière de la sainteté des autres, et à nous préoccuper de travailler à la nôtre, les autres y trouveront toujours un avantage non négligeable. Mais plus le temps passe, plus on découvre avec bonheur à quel point Celui à qui nous avons consacré notre vie est grand, et bon. Faut-il que Jésus m’aime pour agir ainsi envers moi ! Avec tant de délicatesse, tant de tendresse… Il m’a aimé, Il a donné sa vie pour moi. Si la vie religieuse existe, c’est que nous, chrétiens, nous avons un Dieu éperdument amoureux de nous. Un Dieu qui quémande notre réponse d’amour chaque jour ; un Dieu qui nous rejoint chaque jour par ses sacrements.

Le bel Evangile de ce jour nous livre un secret de bonheur. Dans notre monde où l’activité, pour ne pas dire la fébrilité, est signe d’efficacité, – je m’agite, donc je suis – nous sommes invités à nous arrêter, à nous poser en Dieu, non pas comme des paresseux, pour nous reposer de la course, mais au contraire pour la bien finir et ne pas manquer le but. Cette agitation peut aussi gagner la vie religieuse apostolique. Il faut de la force, il faut du courage, pour accepter de se poser régulièrement, amoureusement, aux pieds du divin Maître pour écouter sa Parole. Oui, l’adoration, le doux échange avec le Christ, est le point de départ de tout apostolat. Sinon, vous le savez bien, nous sommes dans l’illusion. Oui, nous faisons, je crois, fausse route si nous croyons que ceux qui bénéficient de notre apostolat n’ont besoin que de nos soins et de notre sollicitude. Ils ont besoin de beaucoup plus, ils ont besoin de Dieu, c'est-à-dire de votre sourire, si vous permettez à Dieu de leur sourire par vos yeux, votre bouche et voter cœur. Vous avez choisi la meilleure part : que personne ne vous l’enlève ! Jamais. Gardez aussi, ma Sœur, la douce confiance de sainte Scholastique, sœur jumelle – paraît-il – de votre bienheureux Père saint Benoît. Attendez davantage de Dieu que des hommes, fussent-ils saints. Elle, qui lors de sa dernière rencontre annuelle avec son frère, a imploré de rester pour pouvoir continuer de parler avec lui des joies de la vie céleste. Devant le refus de Benoît (– Mais quand même, ma Sœur, vous n’y pensez pas, il faut que je rentre au monastère ce soir ! Je ne peux pas passer la nuit en dehors), alors devant ce refus, elle se met à prier la tête dans les mains. Et quand elle relève la tête, voici qu’éclate aussitôt un violent orage, empêchant son frère de repartir. (– Qu’as-tu fait, ma Sœur ? – Je t’ai prié, et tu n’as pas voulu m’entendre. J’ai prié mon Dieu, et lui m’a entendu.) Oui, gardez cette grande confiance en Dieu. Le Père Le Prévost, Fondateur des Religieux de Saint-Vincent-de-Paul, disait : « Quand je veux réussir dans une entreprise délicate, je me mets à genoux ; je prie davantage ; je pleure et j’obtiens. » Que Notre-Dame continue de vous accompagner pour les années qu’il vous reste à vivre. Jubilé d’or dans 25 ans, peut-être plus, qui sait ? Jubilé de zibeline (je crois que c’est 54), de palissandre, de chêne, le Seigneur nous étonnera toujours. Et puis un jour, ce sera la grande Rencontre. Nous sommes certes devant un mystère, mais nous savons que nous allons enfin vivre pleinement avec celui que notre cœur aime. Je l’ai saisi, je ne le lâcherai pas ! Le Ciel – ça doit quand même être quelque chose ! –, nos communautés d’ici bas en sont, je l’espère, un signe, une certaine anticipation.. Quelle compagnie que celle de Jésus, de Notre-Dame, des saints et des saintes, de tous ceux qui nous ont précédés. Quelle ambiance doit-il régner ! La charité… On ne s’embarrasse plus de l’accessoire. Quelle musique doit-on y entendre ! De l’orgue, bien sûr, roi des instruments ! Et puis on chante… du chant grégorien, évidemment ! Un chant grégorien peut-être particulier où tout devient facile. Fini de souffrir sous les quilisma et les neumes désagrégés ! Même si ce chant nous montre déjà le Ciel alors que nous sommes sur la terre…

Pour terminer (car dans les consignes que vous m’aviez gentiment, délicatement, données, et que j’ai essayé de suivre, ma Sœur, vous aviez omis de me demander de ne pas être trop long, et je vous prie de m’en excuser.. je profite… 25 ans ! On n’a pas tous les jours 25 ans !), pour terminer, je vous cite toujours le Père Le Prévost que je connais mieux que saint Benoît, et qui s’adresse à vous ce matin : « N’est-ce pas un grand attrait, en effet, pour une âme généreuse et tendre que de se donner sans mesure et à qui se livrer ainsi tout entier, sinon à Celui qui est tout amour, toute bonté, toute sainteté, toute perfection. C’est une si douce chose que de se perdre ainsi dans l’amour infini qu’après s’être donné, on veut se redonner encore, sans se reprendre, mais en se donnant plus pleinement »

Merci, ma Sœur, pour ce don de vous-même au Seigneur et à son Église. Merci d’avoir dit oui et d’avoir livré votre vie pour nous, pauvres pécheurs. Que le Seigneur soit lui-même votre récompense.

Amen