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Jubilés de 25, 50 et 60 ans de Profession Religieuse21-03-2015

Jubilaires Dans sa Lettre Apostolique du 21 novembre 2014, le Pape François invitait les religieux à « regarder le passé avec reconnaissance pour rendre louange à Dieu et le remercier pour tous ses dons. Il demandait que cette Année de la Vie Consacrée soit aussi une occasion pour confesser avec humilité et grande confiance dans le Dieu Amour sa propre fragilité et pour la vivre comme une expérience de l'amour miséricordieux du Seigneur ; une occasion pour crier au monde avec force et pour témoigner avec joie de la sainteté et de la vitalité présentes chez un grand nombre de ceux qui ont été appelés à suivre le Christ dans la vie consacrée. »

C'est dans cet esprit que, ce 21 mars, en la fête du transitus de Saint Benoît, 8 Servantes des Pauvres ont célébré leur Jubilé d'Argent, d'Or ou de Diamant. Après avoir relu leur Charte de Profession, chacune était invitée à ajouter : « Cette Profession religieuse que j'ai émise à pareil jour il y a 25, 50 ou 60 ans, je la renouvelle de tout cœur, confiante dans la miséricorde de Dieu et la prière de mes sœurs. »

La cérémonie jubilaire était présidée par le Père Abbé de Solesmes, Dom Philippe DUPONT, qui a donné l'homélie. Il était entouré de nombreux prêtres et d'une belle assistance.

« Je voulais vous dire un mot,
et ce mot, c'est la joie.
Partout où il y a les consacrés,
il y a toujours de la joie ! »
– Pape François –

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Fête de Saint Benoît 21 mars 2015
Cérémonie jubilaire

« Que tous, ils soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu'ils soient un en nous. »

Au cœur du temps du Carême, il nous est bon d'entendre déjà la prière que le Christ adressa à son Père à la veille de sa Passion et d'entrer ainsi dans les sentiments qui l'habitent ; au cœur de cette grande prière d'intercession, nous percevons le souci primordial du Seigneur alors qu'il va offrir sa vie pour le salut de tous les hommes. Son plus grand désir, qui correspond à la volonté de son Père, est que ses disciples demeurent dans l'unité. Vous aurez noté que, par quatre fois au moins en quelques mots, dans l'évangile qui vient d'être lu, Jésus supplie son Père de les garder dans une unité parfaite.

A

Le Calvaire est l'heure suprême de l'affrontement décisif entre les ténèbres et la lumière, entre la haine et l'amour, entre la mort et la vie. C'est l'heure du prince des ténèbres, de celui qui, diviseur, s'ingénie à mettre trouble et division là où doit régner l'unité.

Si le Seigneur insiste tant, s'il réclame de son Père cette unité pour les siens avec une telle audace c'est parce qu'il sait bien que ce trésor n'appartient pas aux hommes, et qu'il est, en outre, très fragile, si facile à perdre ; il sait que ses disciples seront tentés et menacés de diverger dans leurs manières de voir et d'agir et même peut-être de s'entre-déchirer. Pourtant le dessein d'amour du Père a été précisément de restaurer l'unité dans le genre humain ; il a donné mission à son Fils de rassembler dans l'unité toute l'humanité dispersée.

L'unité est un don de Dieu, un don qui fait que les hommes sont à l'image de Dieu. Il ne peut y avoir de véritable unité et d'unité durable que celle qui vient de l'unité de la Trinité, Père, Fils et Esprit Saint. L'unité est d'abord communion avec Dieu avant d'être communion avec les hommes ; elle se réalise grâce à la gloire que Jésus nous donne. Le Père glorifie son Fils et, à son tour, le Fils, nous glorifie ; il nous donne sa gloire, c'est-à-dire sa propre vie, dans l'Esprit Saint : l'Esprit, qui reposait sur les eaux au moment de la création, qui descendait comme une nuée de gloire sur la Tente de la Réunion, qui a pris la Vierge Marie sous son ombre, qui est venu confirmer la mission de Jésus dans une nuée lors de son baptême, ce même Esprit vient également sur les disciples du Christ pour leur faire don de la gloire et, par conséquent, les consacrer dans l'unité, en leur donnant la force de poursuivre l'œuvre du Seigneur.

B

Jésus nous explique aussi que l'unité ne peut exister entre nous que si nous sommes d'abord avec lui : « Je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi ». Il ne veut pas d'abord l'unité de l'humanité au cœur de ce monde, mais l'entrée des croyants dans le mystère de la Trinité. Notre unité ne sera solide et parfaite que si elle se fonde sur le Christ, le Fils de Dieu, et se fait en lui, dans l'union avec lui par la vertu de l'Esprit Saint. L'Église l'a très bien compris qui nous fait dire durant une prière eucharistique : « Quand nous serons nourris de son corps et de son sang, et remplis de l'Esprit Saint, accorde-nous d'être un seul corps et un seul esprit dans le Christ ». Puisque nous ne sommes pas encore auprès du Père, là où se trouve maintenant le Seigneur, il nous a laissé le sacrement de sa présence afin de nous maintenir dans l'unité avec lui et entre nous. La communion ecclésiale s'affermit dans la communion de chaque fidèle avec le Christ, présent dans l'Eucharistie. Cette communion au Père et au Fils, comme entre nous, n'est possible que dans l'Esprit Saint, qui, au sein de la Trinité, est le lien de l'unité.

Le premier souci de l'Église, consciente de la force de la prière du Seigneur, est de demeurer dans l'unité ; pour elle, le seul véritable moyen de vivre dans l'unité est de rester sous l'onction et la motion de l'Esprit, qui l'unit au Christ ; pour nous, remplis des dons de l'Esprit Saint, il s'agit de demeurer tournés vers les réalités d'en haut, sans nous laisser attirer par le poids de notre être charnel vers les choses caduques de la terre.

C

Saint Benoît, en vrai fils de l'Église et vrai disciple du Christ, a, lui aussi, un grand souci de l'unité. Il a bien compris que cette unité s'accomplit d'abord dans la vie personnelle de chacun, dans son propre cœur, dans l'amour du Christ : « Ne rien préférer à l'amour du Christ » sera l'une de ses grandes maximes et l'une des plus fortes recommandations qu'il laissera à ses disciples. Pour être pleinement en harmonie avec ce dont il avait l'intuition, il s'est d'abord retiré dans la solitude de Subiaco, voulant habiter avec lui-même et vivre avec Dieu, ayant expérimenté la nécessité de fuir les distractions du monde et les flatteries des hommes, pour demeurer en contact vital avec la source de toute vie spirituelle. Par la suite, ayant institué une communauté de moines, il s'efforce de construire l'unité de cette communauté par une organisation mûrement réfléchie dans la prière et repensée à la lumière de son expérience. Il demande au Père Abbé, qu'il rend responsable de cette unité, de tout mettre en œuvre pour que sa famille reste unie. Comme pour le Christ, dont il est le représentant, l'abbé prie et agit pour conserver l'unité de sa famille monastique. Pour cela, le critère est celui de la présence du Seigneur dans la charité ; les relations fraternelles doivent être empreintes de cette inlassable charité constructive : l'oubli de soi, le renoncement à sa volonté propre, l'attention aux autres sont toujours générateurs d'unité, alors que l'orgueil et l'égoïsme causent la division.

Lorsque nous faisons profession, nous désirons précisément faire l'unité en nous, nous donnant entièrement à Dieu pour qu'il accomplisse son œuvre sans trouver d'obstacle de notre part ; nous désirons vivre en communion avec notre communauté, nous donnant à elle pour lui offrir nos maigres compétences humaines et recevoir d'elle les moyens de mieux servir Dieu ; souvent, nous devons combattre notre égoïsme, notre individualisme, notre propension à décider par nous-mêmes afin de nous laisser modeler par la grâce, par la volonté divine manifestée par les événements qui ponctuent notre vie. Et, lorsque l'on est supérieur, la nécessité de préserver la liberté des âmes tout en assumant la mission de les conduire au Père et d'assurer la cohésion et la communion de la communauté, cet abandon à Dieu est encore plus indispensable et exigeant, mais nous faisons l'expérience de l'œuvre de la grâce qui ne manque jamais de secourir ceux qui font appel à elle ; aussi, après de nombreuses années de profession, que ce soient 60, 50 ou même seulement 25, c'est l'action de grâces qui prédomine, même s'il a fallu combattre souvent contre des événements qui ne correspondaient pas à notre attente mais dans lesquels le Seigneur escomptait notre acceptation humble et confiante ; le prix à mettre pour préserver l'unité tient souvent dans cet oubli de soi-même. L'unité d'une communauté ne résulte pas de l'uniformité dans l'observance de la règle et de la discipline, mais de la vie spirituelle qui anime le cœur de chacun.

Qu'en ce jour de jubilés, nous puissions tous remercier le Seigneur de ne nous avoir pas déçus dans notre attente et de nous avoir toujours soutenus de sa grâce et conduits dans la voie de l'unité et de la charité ! Que l'exemple la Vierge Marie que nous allons célébrer dans quelques jours nous aide également à renouveler sans cesse notre fiat et notre suscipe.