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Profession simple de Sœur Marie Thomas21-04-2014

21 avril 2014
Lundi de Pâques
Profession simple de Sœur Marie Thomas

Au matin du deuxième jour de la semaine, les sentiments des saintes femmes et des Apôtres devaient être très confus après avoir vu Jésus ressuscité. Des sentiments d'étonnements, de joie devaient s'entremêler dans leurs cœurs et leurs esprits. Était-ce vraiment vrai ? N'était-ce pas un rêve ? N'étaient-ce pas des hallucinations ? Tout était allé si vite ! Les femmes étaient allées au tombeau qu'elles avaient trouvé vide. Elles en revinrent « tremblantes et toutes joyeuses » d'après ce que l'Ange leur avait dit. Pierre et Jean aussi étaient allés au tombeau. Les disciples étaient rentrés d'Emmaüs pour raconter tout ce qui s'était passé en chemin et comment ils avaient reconnu le Seigneur à la fraction du Pain. Et voici qu'au soir du premier jour, dans la chambre haute, toutes portes étant closes, Jésus était venu au milieu d'eux. Oui, au matin de ce deuxième jour ils devaient restés stupéfaits de l'événement.

Oui, comment expliquer quelque chose qui n'a aucune référence terrestre et concrète ? Habituellement, pour expliquer quelque chose de complexe, d'extraordinaire, on emploie des images, on essaye de renvoyer à des expériences vécues. Mais là, rien de tel. Sur quoi s'appuyer pour dire l'événement ? Jamais cela ne s'était produit auparavant même si l'idée de la résurrection habitait déjà les Écritures. Il fallait qu'elle soit manifestée pour qu'elle ne soit pas qu'une idée, une annonce, mais quelque chose de réalisé en une personne que l'on puisse voir. Le Christ est cette personne, la seule à être passé de la mort à la vie pour se présenter ressuscité. C'est là toute l'expérience pascale des saintes femmes et des Apôtres.

Thomas, qui est absent le soir de Pâques, ne veut pas croire aux dires de ses compagnons. Cela n'a aucun sens pour lui s'il ne touche pas concrètement les plaies de Jésus, s'il ne le voit pas de ses yeux. Il attendra le huitième jour pour que se réalise sa demande. Son absence physique au soir de Pâques était toute symbolique. Jésus permit que cette incrédulité de Thomas, qui n'avait pas vu, soit la manière d'accueillir la foi au long des siècles : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ». (Jn 20, 29) Jésus permit que l'acte de foi de Thomas en son humanité et sa divinité soit un des plus beaux : « Mon Seigneur et mon Dieu » ! (Jn 20, 28)

« Nolite timere » ne craignez pas ! C'est dans cette assurance intérieure donnée par Jésus ressuscité que l'annonce peut s'effectuer. Jésus donne les moyens à la fois de le reconnaître ressuscité et d'annoncer la nouvelle de la résurrection : « Soyez sans crainte, allez annoncer à mes frères qu'ils doivent se rendre en Galilée : c'est là qu'ils me verront ». (Mt 28, 10) C'est l'unité d'un même mouvement. Celui qui croit devient témoin de ce qu'il croit.

Il ne faut pas s'étonner qu'avec nos pauvres moyens - les apôtres eux-mêmes l'ayant vécu avec Thomas - le message de la résurrection soit si mal accueilli, si mal attendu et entendu par bon nombre de nos contemporains. Surtout lorsque que l'on sait que certains livres ou certaines émissions s'évertuent à dénigrer les chrétiens qui auraient soit disant caché des choses depuis deux mille ans, que Jésus aurait eu des frères, que c'était un homme comme les autres, que la résurrection était en leurre. Saint Matthieu le dit expressément dans l'évangile. Ceux qui refusaient de croire ont sombré dans le mensonge et la perfidie comme seule explication : « Voilà ce que vous raconterez ‘Ses disciples sont venus voler le corps, la nuit pendant que nous dormions’. Et cette explication s'est propagée chez les Juifs jusqu'à ce jour ». (Mt 28, 13…15) Le mensonge devant la vérité ! En n'acceptant pas la vérité, l'homme se ment à lui-même, il demeure dans les ténèbres de l'ignorance. Il est alors nécessaire d'avoir des témoins qui portent la lumière dans leur vie pour annoncer la réalité de la Résurrection.

En prononçant aujourd'hui vos vœux simples, sœur Marie Thomas, vous devenez du fait même témoin de la résurrection. Je présume assez bien qu'en ce moment vos sentiments doivent ressembler à ceux des saintes femmes et des apôtres ! Comment ne pas craindre, comment ne pas trembler lorsque nous posons des gestes qui nous dépassent littéralement ?

C'est Jésus ressuscité qui vous invite à le reconnaître pour l'annoncer dans la vie religieuse. Les mêmes paroles rassurantes de Jésus résonnent en vous ce matin « Nolite timere » ne craignez pas ! Si le disciple est démuni pour dire ce qu'il ressent au plus profond de lui même, si les mots manquent pour dire pourquoi on s'engage aujourd'hui, il n'y a rien à répondre sinon que « Christ est ressuscité ! » Cela résume tout le mystère de l'appel. C'est parce que le Christ est ressuscité que vous répondez à son appel, que vous répondez à un amour indicible qui vous comble déjà et vous attire à lui comme le papillon vers la lumière.

« Nolite timere », Jésus prend tout en charge. Lui seul sait ce dont vous avez besoin, lui seul sait comment vous combler en plénitude. La foi est ce don merveilleux qui est sans limite pour celui qui s'y donne totalement avec joie : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ».

« Nolite timere » dites simplement avec votre saint Patron : « Mon Seigneur et mon Dieu » ! Le Seigneur vous remplira d'allégresse en sa présence ! (Ps 15, 11 ; Ac 2, 28)