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Messe de prémices de don François DOUSSAU29-06-2020

« ‘Noli timere, salvabo te’ - ‘Ne crains pas, je te sauverai.’ Je me souviens très bien de m’être vu à la place de cette brebis qui se débat dans les ronces, incapable de sortir de là où elle est empêtrée ; les épines la blessent, et chacun de ses mouvements pour s’en défaire augmente la blessure et la douleur, dans l’incapacité de rien faire par elle-même. C’est alors que le Bon Pasteur lui-même descend vers elle – vous aurez remarqué qu’il met le genou en terre pour se mettre à son niveau – pour la délivrer et la sauver, lui rendre sa liberté. »
En ce 29 juin, c’est avec ces paroles que don François DOUSSAU est venu célébrer une messe de prémices en notre chapelle et rendre grâce au Seigneur.

Homélie de Don François DOUSSAU

29 juin 2020

Sollemnitas SS. Petri et Pauli

Chères frères et sœurs, vous me pardonnerez, j’espère, de m’adresser en priorité à ce côté de l’assemblée, car cette messe est pour moi l’occasion de remercier les Servantes des Pauvres d’une manière toute particulière… Chères sœurs, donc, je remercie tout particulièrement Mère Générale, et à travers elle, toute la communauté des Servantes des Pauvres : la Maison-Mère, toute la communauté, avec une place toute particulière pour les sœurs de Denain chez qui j’ai passé un mois d’apostolat, il y a deux ans, que je ne suis pas prêt d’oublier. Ma Mère : merci… Je sais que vous leur transmettrez !

Il y a deux ans, lors d’une parmi toutes mes visites ici, j’accompagnais don Antoine pour la même occasion de joie. Je m’étais alors promis de venir à mon tour venir célébrer une première messe… Et je me souviens alors avoir déjà réfléchi à ce que je dirai en homélie. Ce n’est pas très intelligent sans doute de ma part de rappeler cela, parce qu’après deux ans de préparation, je n’ai pas intérêt à décevoir… Il est très heureux que la Providence ait voulu que cette première messe ait lieu en cette solennité de SS. Pierre et Paul, car les souvenirs et les réflexions que je vais évoquer s’accordent tout particulièrement aux lectures que nous venons d’entendre. Je voudrais aujourd’hui rappeler deux expressions, inscrites dans cette chapelle, qui ont joué un rôle tout particulier dans ma vocation.

Il y a cinq ans, lors de mon premier passage, pour le mois de juillet au patronage, j’ai passé de longues heures de prière ici-même. En face de moi, j’avais cette mosaïque du Bon Pasteur, et je me souviens très précisément de ces mots qui m’avaient beaucoup marqué en oraison : « Noli timere, salvabo te » - pardonnez-moi de citer en latin, on ne se refait pas - « Ne crains pas, je te sauverai ». J’étais à la fin de ma 2e année de séminaire, qui avait été assez éprouvante, et je n’étais pas au mieux de ma forme… Parcours classique dans une formation où, pour que Dieu se saisisse totalement de notre être, il nous fait descendre au fond de nous-même, là où la ténèbre et la boue de notre misère peuvent nous accabler… Quoiqu’il en soit, je me souviens très bien de m’être vu à la place de cette brebis qui se débat dans les ronces, incapable de sortir de là où elle est empêtrée ; les épines la blessent, et chacun de ses mouvements pour s’en défaire augmente la blessure et la douleur, dans l’incapacité de rien faire par elle-même. C’est alors que le Bon Pasteur lui-même descend vers elle – vous aurez remarqué qu’il met le genou en terre pour se mettre à son niveau – pour la délivrer et la sauver, lui rendre sa liberté. Aujourd’hui encore, je peux avec Pierre redire : « Vraiment, je me rends compte maintenant que le Seigneur a envoyé son ange, et qu’il m’a arraché aux mains d’Hérode » ou encore avec Paul : « J’ai été arraché à la gueule du lion ». Je vous dois aussi, mes Sœurs, d’avoir découvert par la même occasion, lors des journées de patronage, que cette expérience – renouvelée depuis à plusieurs reprises… - transformait en même temps mon cœur pour le rendre capable, peu à peu, d’être un relais de la miséricorde du Christ. Grâce à ces journées d’apostolat, je m’étais rendu compte que ces heures souvent arides de prière au cours du séminaire m’avaient en fait déjà transformé sans que je m’en rende compte, et que j’étais déjà capable de transmettre quelque chose que je ne savais même pas avoir : première expérience pré-sacerdotale ! C’est un grand moment dans la vie d’un séminariste… Tous, nous sommes appelés à faire l’expérience de la liberté que le Christ nous a acquise, à nous savoir libérés de l’esclavage du péché, de la mort, de la fatalité ; mais pour le tout jeune prêtre que je suis, il est émouvant de découvrir qu’à l’image de Pierre et de Paul, cette expérience a pour but de transformer notre cœur pour en faire un instrument, bien indigne et incapable, de cette miséricorde du Christ qui s’est offert en sacrifice pour nous sauver. Tous deux ont dû descendre au fond de leur misère pour être relevés par le Christ… Je pense à cet épisode de la pêche miraculeuse, après la Résurrection : Jésus offre à Pierre de se racheter de son triple reniement en lui exprimant trois fois son amour ; à la fin, cette rédemption ouvre sur un renouvellement de sa vocation : « m’aimes-tu ? Tu sais tout, tu sais bien que je t’aime ! Sois le berger de mes brebis… et viens, suis-moi ». (Rappel sur Jn 21 : seul Jésus peut nous permettre de lui répondre « Tu sais tout, tu sais que je t’aime » ; de nous-mêmes, nous ne pouvons que répondre « Tu sais que je ne t’aime pas vraiment ». Cf. Père Jérôme : « Mon dieu, je vous aime et je vous en remercie »).Voilà la beauté du sacerdoce que confie Jésus à ceux qu’il appelle : un cœur pas moins blessé que les autres par le péché, le mal et la souffrance, mais que la miséricorde du Christ relève et transforme pour en faire son instrument auprès de tous ceux qui souffrent.

Cela me permet d’arriver à cette deuxième expression qui m’a marquée, dans cette chapelle. Auparavant, je voudrais seulement rappeler ce geste tout simple mais très marquant que vous effectuez, mes sœurs, lorsque vous partez en mission auprès des pauvres. Une simple station à la chapelle, quelques instants à genoux, devant le Saint-Sacrement, le sac au dos… A chaque fois, cela me fait penser à cette phrase de saint Vincent de Paul aux Filles de la Charité : « On ne délaisse pas Dieu lorsque l’on quitte Dieu pour Dieu ». Voilà la leçon que j’ai apprise auprès de vous, grâce à l’exemple aussi de saint Vincent et de sainte Teresa de Calcutta. C’est une vocation magnifique qui est la vôtre : servir Dieu dans les pauvres. Comme le disait encore saint Vincent de Paul : « ils sont nos seigneurs et nos maîtres ». Vous l’avez reçu de votre fondateur qui vous a légué cette mission, au sommet de l’évangile… En venant ici une autre fois, cette fois-ci à cause de lui, précisément, en priant sur la tombe de votre Père Fondateur, je me souviens avoir été profondément marqué par ces quelques mots qui forment son épitaphe : - pardonnez-moi de citer encore en latin – « Monachus. Servus pauperum ». Serviteur des pauvres : en eux notre Seigneur est présent d’une manière toute particulière. Se mettre à leur service, ce n’est pas faire œuvre de philanthropie, de bonté personnelle : c’est accomplir l’un des actes les plus hauts qui soient sur cette terre, servir le Christ lui-même. Chères sœurs, l’amitié qui lie depuis l’origine nos deux communautés nous rappelle cette exigence qui est au cœur de la vie de notre saint patron, saint Martin. Il a su reconnaître dans les pauvres qui ont croisé sa route le visage du Christ, son Roi et son Maître. Ce patronage ne doit pas être pour nous un simple nom, mais il doit être une réalité. Je compte sur vous, sur votre exemple et votre prière, pour que la charité de saint Martin ne soit pas qu’une devise, mais soit un rappel constant de la priorité que nous devons accorder, que je devrai accorder dans mon ministère, aux préférés du Seigneur.

Cette préoccupation, au cœur de l’enseignement de notre Saint-Père, nous ramène à l’un des sens de cette solennité : aujourd’hui, prions tout spécialement pour le Successeur de Pierre, dont la primauté est fondée sur le témoignage jusqu’au sang des Princes des Apôtres. Offrons nos actions de grâces et nos prières pour qu’il accomplisse fidèlement sa charge et soit soutenu dans ses épreuves.

Chères sœurs, je vous confie cette intention particulière aujourd’hui, tout en confiant mon tout jeune sacerdoce à votre prière et à votre amitié. Priez pour que mon ministère soit vraiment un ministère de libération à l’image du Christ, et un service des plus pauvres. Soyez assurées de ma profonde gratitude pour ce que j’ai reçu de vous et pour votre mission si belle et si difficile.