Servantes des Pauvres
Oblates bénédictines

Au fil des jours

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Jubilé d’or de la Maison Sainte-Cécile, de Solesmes 19-10-2019

Le 14 février 1894, Dom Camille LEDUC, moine de Solesmes et Fondateur de la Congrégation des Servantes des Pauvres, écrivait : « En s’arrêtant à Sablé, je prie la Mère Supérieure de s’inspirer du souvenir et de l’esprit de Dom Guéranger. C’est dans cette ville que Dom Guéranger est né et dans cette vieille église qu’il a été baptisé. Aussi le premier Abbé de Solesmes a t’il toujours conservé un amour filial pour le lieu de sa naissance et de son baptême ; et il aimait à faire connaître les sentiments de son âme aux religieux qu’il conduisait volontiers du côté de Solesmes à Sablé, en promenade. Ces lointains souvenirs doivent faire désirer aux Servantes des Pauvres la fondation de Sablé. C’est un nouvel anneau de la chaîne qui relie la Maison d’Angers à l’Abbaye de Solesmes. C’est un moyen providentiel dont Dieu se servira pour conserver l’esprit primitif parmi les Servantes des Pauvres, si elles veulent rester Oblates Bénédictines. »

En 1969, alors que la Congrégation venait d’être sollicitée pour prendre la suite des Sœurs de Saint Vincent de Paul au Home saint Michel de Solesmes, Mère Anne-Yvonne, alors Supérieure Générale, dira : « Pouvons-nous priver la Congrégation, pour le présent et le futur, de cette ‘voie providentielle’ de réalisation du désir cher à notre Vénéré Père Fondateur ? »

C’est ainsi que les trois fondatrices arrivèrent à Solesmes dans la matinée du 17 octobre 1969, il y a tout juste 50 ans, et furent ‘solennellement et officiellement’ accueillies le 19 octobre.

En ce 19 octobre 2019, dans la continuité du bicentenaire de la naissance de Dom Leduc, une messe d’action de grâce à été célébrée dans l’église paroissiale de Solesmes, en présence de nombreux amis de la communauté, résidents de la maison de retraite et une délégation de Servantes des Pauvres. Dom Geoffroy Kemlin, Prieur de l‘abbaye Saint-Pierre, présidait la célébration.

Nous célébrons aujourd’hui dans l’action de grâces les 50 ans de présence de nos sœurs Servantes des Pauvres ici à Solesmes. Cinquante années de présence discrète au service des résidents de la maison Saint-Michel et de la paroisse de Solesmes.

Il n’a fallu que quelques semaines à l’époque pour que Mère Générale et son conseil prennent leur décision. Deux arguments ont fait pencher la balance : d’abord dom Leduc avait souhaité, de son vivant, une fondation des Servantes des Pauvres près de Solesmes, comme garantie de la fidélité à l’esprit de saint Benoît. Ensuite les jeunes sœurs pourraient bénéficier de la formation dispensée par les moines. Je n’insiste pas sur ce deuxième motif, sinon pour souligner que le conseil de l’époque n’imaginait sans doute pas que ce serait également les moniales de Sainte-Cécile qui participeraient activement à la formation des novices et des juniors.

Dom Leduc avait donc la conviction que la présence des Servantes des Pauvres près des deux abbayes serait la garantie de leur fidélité à leur charisme fondateur, à leur vocation bénédictine. Le Seigneur l’a exaucé au-delà de ce qu’il espérait, puisqu’elles sont installées à Sainte-Cécile la Petite, à l’endroit même où dom Guéranger a formé ses premières filles.

On peut s’étonner qu’une réalité aussi spirituelle que la fidélité au charisme fondateur soit liée à une réalité aussi matérielle que le lieu. Et pourtant il en est ainsi pour le pape : son charisme de pasteur et docteur suprême de tous les fidèles dépend du fait qu’il est l’évêque de Rome, le lieu où saint Pierre a donné le témoignage suprême de sa foi et de sa fidélité à la mission reçue du Christ.

Il en est de même dans la Sainte Écriture : la Tente de la rencontre, puis le Temple de Jérusalem, sont le lieu où Dieu se rend présent au milieu de son peuple.

Nous avons entendu dans la première lecture Anne consacrer son fils Samuel à Silo, au lieu même où elle a reçu du Seigneur la grâce de la fécondité.

C’est en Galilée, là où il s’est incarné dans le sein de la Vierge Marie par l’action du Saint-Esprit, que le Ressuscité donne rendez-vous aux disciples et les envoie en mission.

C’est quelque chose de cet ordre qui se joue pour nous tous, et en particulier pour vous, mes sœurs : le lieu de la profession monastique de votre père fondateur est le foyer d’où vous recevez la grâce de la fidélité à votre charisme.

Comment pourrait-il en être autrement ? Ce n’est pas un hasard si saint Benoît fait prononcer à ses fils le vœu de stabilité. Plus que tout autre, il a compris que la fidélité à la grâce passe par la fidélité au lieu où nous l’avons reçue.

Saint Benoît connaît les habitudes de Dieu, il a aussi l’expérience de ce qu’est l’homme. Il n’ignore pas que les réalités extérieures modèlent profondément notre être intérieur. C’est vrai de la liturgie : ut mens nostra concordet voci nostrae<:span>. C’est vrai de l’attitude du corps, qui achève en nous la difficile ascension de l’échelle de l’humilité.

Bien sûr, saint Benoît ne se berce pas d’illusion. Il sait parfaitement que la fidélité n’est pas automatique, qu’elle ne dépend pas simplement du lieu où l’on se trouve. Il restera toujours la tâche de se laisser modeler par l’Esprit Saint, de monter, degré par degré, laborieusement, l’échelle de l’humilité. Mais, comme le dit encore saint Benoît, c’est la stabilité qui constitue l’atelier dans lequel nous pratiquerons les instruments des bonnes œuvres. C’est la persévérance dans le lieu où la grâce nous a été donnée qui rendra notre labeur efficace, et nous donnera de courir sur le chemin des préceptes de Dieu avec une ineffable douceur d’amour. Saint Benoît sait que les hommes, les communautés aussi, sont comme les arbres : ils ont besoin de racines profondes pour pouvoir s’élever vers le ciel.

La fidélité au charisme fondateur, au bout du compte, est un don de Dieu. Demandons à la Vierge fidèle d’intercéder pour nous auprès du Seigneur. Et portons les fardeaux les uns des autres. Les trois branches de la famille solesmienne sont là pour s’entraider mutuellement. Ensemble, elles rendent grâces au Seigneur en ce jour. Ecce quam bonum et quam jucundum habitare fratres in unum !