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Journées du Bicentenaire de la naissance et du baptême
de Dom Camille LEDUC 24-03-2019

Autour de notre Évêque

Cette nouvelle journée de fête s’ouvre à 9h30 par la Messe, présidée par notre évêque, Monseigneur Emmanuel Delmas, entouré de nombreux prêtres amis de la Congrégation. Les membres de la Fraternité et de nos familles sont venus en nombre, et parfois de loin pour s’associer à notre Jubilé ! Deo gratias ! Une visite des lieux est proposée à la sortie de la célébration, et une exposition retraçant la vie et l’œuvre de Dom Camile Leduc a aussi été préparée. Nos invités se font bien attentifs, heureux et émus de pouvoir ainsi visualiser ces lieux, pour certains inaccessibles au public en temps habituel mais si chers à la Congrégation et riches de souvenirs. Au cours de la journée, ils seront nombreux à venir se recueillir seuls ou en groupe auprès de notre Bon Père Fondateur et lui confier des intentions de prière.

Après un déjeuner très fraternel dans les locaux du patronage, vient le moment tant attendu du spectacle. Dans le hall de Saint Joseph, une diffusion vidéo permet à ceux qui n’ont pas pu rentrer dans la salle de suivre l’événement. Après un mot d’accueil par lequel Mère Générale remercie Monseigneur pour sa présence et lance officiellement la version junior de la Fraternité Spirituelle Dom Camille Leduc : les « Sentinelles de Saint Benoît », la lumière s’éteint… le spectacle peut commencer ! Très différent de celui de jeudi, le public n’en est pas moins réactif, et quand le rideau se referme 1h40 plus tard sur notre bon Père Fondateur mourant entouré de ses filles, certains parmi les spectateurs écrasent discrètement une larme… Autour du goûter proposé à la sortie, beaucoup expriment leur gratitude en des termes qui nous vont droit au cœur. Nos invités ont été réellement touchés par le message de Dom Leduc, et rentreront chez eux avec une meilleure compréhension de notre Fondateur et de son œuvre.

À 17h, Monseigneur Delmas préside les Vêpres qui sont suivies d’un Te Deum en action de grâces pour ces trois jours ainsi que pour la vie et l’œuvre de Dom Leduc. Après l’office de Complies, qui achève cette dernière journée, toute la communauté se retrouve autour du tombeau de Dom Leduc pour se confier à son intercession et chanter le Salve Regina. Ainsi s’achèvent, dans la joie et la paix, les célébrations d’un bicentenaire qui restera gravé dans nos cœurs.

 
Homélie de Mgr Delmas

24 mars 2019
3e dimanche de carême

Voilà une page d’Évangile qui commence de façon un peu inhabituelle, puisque nous entendons Jésus qui est au courant de faits divers de son époque ; on a l'impression que c'est aujourd'hui. Vous savez, quand on lit dans le journal les petites ou grandes catastrophes qui peuvent se passer à nos côtés ou un peu plus loin, on a l'impression que c'est aujourd'hui. Mais peut-être faut-il aller plus loin et admirer la qualité d'observation de Notre-Seigneur.

D'ailleurs lorsque nous écoutons, lorsque nous méditons l'Évangile dans sa totalité, nous voyons combien Jésus est observateur ; il sait s'appuyer sur des faits très concrets pour parler et pour faire entrer son auditoire dans le mystère de Dieu – nous pouvons penser ici aux images qu’il utilise pour parler du royaume de Dieu, qui s'appuient sur l’observation de la nature. Finalement nous pouvons nous dire que Jésus est tellement rempli de Dieu, tellement habité par cette communion d'amour qui le relie à son Père que tous les événements qui sont autour de lui sont pour lui l’occasion d’annoncer, témoigner de ce royaume de Dieu, de cette vie de Dieu, de cet amour de Dieu. Et quel est au fond cet essentiel que Jésus veut nous donner dans cette parole de Dieu. Cela tient en un mot, puisque cela revient à plusieurs reprises : c’est l’urgence de la conversion. Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous comme eux. La conversion est une dimension indispensable de la vie chrétienne. Et ce temps de carême qui nous est offert est un temps privilégié où l’Église nous rappelle l’urgence de la conversion, si nous souhaitons, nous voulons célébrer Pâques en vérité.

En préparant cette homélie, je voulais vous proposer de relire durant cette semaine les trois passages de la parole de Dieu que l’Église nous donne d’entendre en ce dimanche. Et il me semble qu’en essayant de les lire avec une oreille attentive, nous découvrons que ces trois passages nous révèlent ce qu’est une vie chrétienne accomplie, parfaite ; on pourrait dire réussie. Il y a d’abord dans le livre de l’Exode (1ère lecture) ce rappel de cette sollicitude de Dieu pour son peuple. Il le voit en esclavage, il le voit qui souffre et il ne veut pas le laisser, l’abandonner à son triste sort. Alors, il suscite Moïse et, en suscitant Moïse, il lui confie une mission importante : voilà, tu vas délivrer mon peuple. Je le vois qui souffre.

Et puis, si je poursuis cette écoute de la parole de Dieu d’aujourd’hui, je lis le passage de saint Paul aux Corinthiens qui nous dit quelque chose à laquelle nous ne pensons pas assez et qui est très importante. Saint Paul reprend au fond cette libération du peuple d’Israël sous la main de Moïse, mais c’est Notre-Seigneur qui est là à l’œuvre, toujours, et saint Paul dit : « Tous, ils ont mangé la même nourriture qui était spirituelle ; tous, ils ont bu à la même source qui était spirituelle, car ils buvaient à un rocher qui les accompagnait, et ce rocher, c’est le Christ. » Voyez, il est difficile de faire davantage pour Dieu et pour qu’il puisse s’exprimer et prouver son amour pour son peuple. Non seulement il lui donne Moïse, il le libère de cet esclavage, mais il lui donne la nourriture et la source d’eau vive, pour que son peuple puisse arriver à bon port. Nous pouvons penser à notre propre vie chrétienne ; c’est notre Dieu qui a l’initiative de nous donner sa vie, c’est lui qui a l’initiative de nous nourrir de sa vie. Pensons à ce que nous disons à la messe le dimanche : nous mangeons le Christ, nous nous nourrissons de sa vie. Ce n’est pas quelque chose d’ancien qui nous est dit aujourd’hui, c’est quelque chose d’actuel, c’est notre Dieu qui nous aime, qui veut nous sauver, qui veut nous délivrer de notre esclavage, de nos esclavages ; et peut-être qu’aujourd’hui ce n’est pas l’Égypte, mais il y a tant de choses qui nous retiennent en esclavage ; il ne faut pas nous mentir : notre égoïsme, notre péché, notre refus de pardonner. Il y a tant et tant de choses qui nous retiennent en esclavage, et peut-être chacun de nous peut allonger la liste. Mais notre Dieu veut nous libérer ! Il vient justement nous délivrer pour nous faire goûter le bonheur de sa vie. Et c’est pour cela que saint Paul nous dit quelque chose de très important lorsqu’il dit, à propos du peuple qui avait donc mangé et bu à la source d’eau vive : « Cependant, la plupart n’ont fait que déplaire à Dieu et ils sont tombés dans le désert. » Il me semble que cette petite notation de saint Paul nous rappelle qu’il n’y a pas de vie chrétienne accomplie, c'est-à-dire qui va au bout de sa course, s’il n’y a pas la conversion de notre vie. Nous entendons dans l’Évangile cet avertissement de Jésus : « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de la même manière. » Oui, je crois que nous avons besoin d’entendre combien le mystère de notre vie chrétienne a besoin de se déployer. Ces trois passages de la parole de Dieu de ce dimanche se déploient au long du temps ; il a fallu du temps. Et le Seigneur arrive pour nous dire : vraiment, il n’y a pas de vie chrétienne accomplie, il n’y a pas de vraie réussite de la vie de Dieu en nous, s’il n’y a pas cette conversion profonde de notre vie.

D’où l’importance d’accueillir le message du carême de cette année pour nous dire : "voilà, ces paroles, cet enseignement à la conversion, m’est demandé à moi aujourd’hui, nous est demandé à nous aujourd’hui." Et l’Évangile, en tous cas Jésus dans l’Évangile, ne nous dit pas seulement l’importance de la conversion, il nous dit davantage : il nous dit qu’il nous accompagne dans cet appel à la conversion. Dieu est avec nous lorsqu’il nous appelle à changer de vie. Et c’est à la lumière de cette petite parabole du figuier que Jésus nous enseigne que Dieu est avec nous, et nous accompagne dans notre travail de conversion. Et c’est pour cette raison là qu’il est très important d’accueillir aujourd’hui le bel enseignement de cette petite parabole, parce que le Seigneur est tout près de chacun de nous pour que nous ne nous ne découragions pas dans cet effort de conversion qu’il nous demande avec beaucoup d’empressement. Parce que dans cette image de la parabole, je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais il y a, vous savez, ce maître qui est le maître du domaine, et qui dit : et bien voilà, ce figuier ne porte plus de fruit, il n’en vaut pas la peine, il faut le couper ! Et le vigneron est là à côté, lui qui vit à proximité de ce figuier, qui le connaît bien, qui sait la terre qui l’entoure et qui dit à son maître : Non, ne le coupe pas tout de suite, attends ! Attends le temps précisément que je puisse nourrir la terre, prendre soin de cet arbre, et puis si vraiment il ne donnait pas de fruits, tu pourras le couper, mais pour le moment ce n’est pas opportun. Et je crois que ce vigneron c’est notre Dieu avec chacun de nous, qui nous connaît, qui connaît notre histoire, qui connaît nos blessures, et qui a tellement d’amour pour nous, tellement de patience envers nous, qu’il dit : maintenant il faut attendre. Parce qu’il y a besoin de temps pour que nous puissions porter du fruit. L’amour de Dieu qui va jusque là ! Et en ce dimanche, peut-être je m’adresse à vous tout particulièrement, mes Sœurs, où nous honorons – et nous rendons grâce pour votre Fondateur, mais j’ai envie de dire aussi nous rendons grâces pour vous qui êtes l’un des beaux fruits de votre Fondateur. Il me semble qu’il y a comme au fond la concrétisation de cette parole de Dieu de ce dimanche et tout particulièrement de la parabole du figuier. Alors peut-être vous allez me dire : mais comment cela ? Comment est-ce possible ?

Je me suis dit : au fond, si le Seigneur vous a appelées à vivre votre vie chrétienne, parce que vous êtes chrétiennes – vous avez reçu le baptême – vous avez été nourries, vous êtes nourries de son Corps et de son Sang, de la vie de Dieu, mais il faut vous convertir, sinon vous n’y arriverez pas, vous n’arriverez pas au bout. Alors le Seigneur, avec beaucoup d’amour, avec beaucoup de sollicitude, avec beaucoup de délicatesse, vis-à-vis de vous, vous a prises pour vous conduire jusque dans cette belle congrégation, cette belle famille qu’est la congrégation des Servantes des Pauvres, parce que c’est le terreau que le Seigneur a choisi pour vous, pour que vous puissiez porter du fruit.Vous savez que le fruit que vous portez, que vous êtes appelées à porter, c’est un fruit de conversion.

Voilà la beauté, je crois, de ce que nous vivons aujourd’hui, de celui pour qui nous rendons grâce, vous avec qui nous rendons grâce et pour qui nous rendons grâce. Vous avez la délicatesse de me faire être le témoin de votre apostolat, et vous savez, quand on voit les visages des personnes que vous visitez, que vous soignez, je me dis : vraiment, vraiment, voilà des beau fruits de Notre Seigneur ! Voilà, je crois que c’est cela le beau parcours de la vie chrétienne. Si vous n’étiez pas dans cette famille spirituelle, peut-être que vous n’auriez pas la chance de vivre cette belle étape de la conversion. Alors, oui, j’ai envie de vous dire : rendez grâce pour cet appel de Dieu, rendez grâce pour ce choix de Dieu de vous avoir conduites jusqu’ici, parce que sans cela, peut-être que vous n’auriez pas porté tous les fruits de conversion qu’il veut vous voir porter dans votre vie. Vous allez peut-être penser : ce n’est pas fini… Bien sûr que ce n’est jamais fini, mais je crois que notre vie chrétienne, c’est de rendre grâce, rendre grâce pour cet appel de Dieu, pour ces choix de Dieu. On peut élargir à toutes nos vies, toutes nos vocations. Si le Seigneur nous a conduits jusque-là où nous sommes, c’est pour que nous puissions montrer par notre vie notre conversion, que nous portons du fruit. La vie chrétienne, ce n’est pas une vie qui nous appelle à nous inquiéter, à avoir peur, c’est une vie où nous sommes appelés à faire confiance au Seigneur parce qu’il veut, il sait mieux que nous, le bien que nous pouvons porter. Alors, oui, maintenant rendons grâces.

Amen.