Servantes des Pauvres
Oblates bénédictines

Au fil des jours

« Retour aux nouvelles

Journées du Bicentenaire de la naissance et du baptême
de Dom Camille LEDUC 21-03-2019

Avec nos frères moines de Solesmes

Vers 10h, en notre Maison-Mère, un spectacle inaccoutumé s’offre aux regards… la quasi-totalité des moines de l’abbaye Saint-Pierre de Solesmes débarque d’un autocar au son joyeux d’une volée de cloche pour venir fêter comme il se doit le bicentenaire de la naissance et du baptême de l’un de leurs frères : Dom Camille Leduc, moine de Solesmes et fondateur de notre Congrégation.

La journée s’ouvre par l’office de Tierce et par la Messe, présidée par le Très Rd. Père Abbé Dom Philippe Dupont qui donne l’homélie. Puis commencent la visite des lieux. Plusieurs groupes sont constitués, tournant entre les différents postes : l’extérieur des bâtiments et l’oratoire de la Sainte Face, la maison de notre Père Fondateur, l’intérieur de la Chapelle et le bâtiment de la Hâtellerie. Après l’office de Sexte, un bon repas nous réunit au réfectoire dans un climat très chaleureux et familial. Les moines se dirigent ensuite vers la Chapelle pour chanter None tandis que les sœurs se préparent pour le spectacle de l’après midi. Celui-ci est bientôt lancé ! Durant 1h40 se succèdent et s’associent tableaux vivants, chants et ombres chinoises, pour un véritable son et lumière illustrant la vie de notre Père Fondateur. Tout au long de la séance, l’enthousiasme et les réactions de ce public exceptionnel nous encouragent vivement…

Nous chantons ensuite les Laudes festives, avant de prendre un goûter bien mérité. Après ce moment très fraternel, une photo générale est prise sous un soleil radieux. Avec seulement un quart d’heure de retard sur l’horaire prévu, la cloche retentit pour nous inviter à chanter l’office de Vêpres. La joie jaillissante fait alors place à une joie tout intérieure et les belles mélodies grégoriennes s’élèvent à nouveau dans notre chapelle brillant de mille feux. Moines et Servantes des Pauvres alternent pour chanter saint Benoît, leur Patron et Père commun. Le salut du Saint Sacrement et un joyeux Te Deum mettent un point d’orgue à cette si belle journée de grâces. À la sortie, tandis que certaines partent au service des malades, d’autres raccompagnent nos 38 invités vers leur car. Les adieux sont joyeux et fraternels, avec un brin d’émotion, et à 18h15 le convoi exceptionnel s’ébranle, direction : SOLESMES.

S. Benoît 2019 (Angers)

Homélie par le Rd. Père Abbé Dom Philippe Dupont

21 mars 2019

« Je leur ai fait connaître ton nom, et je le ferai connaître ».

Les dernières paroles du Seigneur avant sa Passion résument magnifiquement sa mission, dont il rend compte à son Père : faire connaître aux hommes le nom de son Père, c’est-à-dire leur révéler sa personne, son amour, sa miséricorde ; non seulement l’avoir fait connaître pendant trois ans, mais continuer à le faire connaître tout au long de l’histoire de l’Église par le moyen du ministère de tous les disciples, prêtres, religieuses, laïcs, apostoliques et contemplatifs.

A

La Révélation du Seigneur, dans l’Évangile, nous dévoile Dieu Trinité, Dieu Amour, l’amour infini du Père qui a envoyé son Fils pour nous racheter, l’amour infini du Fils qui a accepté volontairement de se livrer pour notre salut, l’amour incréé qui est l’Esprit Saint répandu dans nos cœurs. Telle est la philanthropie divine, comme l’appelaient les Pères de l’Église. Malheureusement cette notion de philanthropie a pris une autre coloration : elle parle d’humanité, de bienfaisance et non plus de charité, qui est la vertu suprême ; l’amour des hommes n’est plus effet de la grâce de Dieu, mais inclination de la nature humaine dépendante d’émotions éphémères.

« La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé », confiait le Seigneur à son Père au début de sa prière. Connaître Dieu créateur et sauveur, c’est aussi, par contraste, reconnaître la misère de l’homme pécheur. En prenant conscience du don admirable de la rédemption, nous ne pouvons qu’élever une intense action de grâces, car nous avons aussi entendu parler de la gloire qui nous est préparée : « Je veux que là où je suis, ils soient eux aussi avec moi ». Nous-mêmes ne pouvons que vouloir partager cette gloire. Tel est donc le message qui nous comble.

B

Fidèles à la mission reçue après la Résurrection et la Pentecôte, les apôtres ont fait connaître ce message et l’ont répandu à travers le monde. L’Église, à chaque époque, a envoyé des missionnaires, des docteurs pour faire connaître l’Évangile et inviter les auditeurs à y adhérer par une vie de sainteté. Saint Benoît lui-même, après avoir bénéficié auprès de ses parents, de cette révélation, s’en est fait le témoin, un témoin souvent silencieux, mais vivant et véridique ; il s’est donné la responsabilité de former des disciples qui témoigneraient, à leur tour, de l’amour de Dieu, de la primauté de Dieu dans la vie de chacun, et de l’amour du prochain.

Il a institué une école pour apprendre à connaître cet amour, pour pratiquer cet amour dans le service de Dieu et des frères, pour louer Dieu et pour travailler, dans la charité fraternelle, à l’édification d’une famille qui serait, elle aussi, témoin de cet amour.

Il a tracé un chemin pour atteindre le Royaume de Dieu avec facilité et rapidité, sachant que nous sommes faibles et négligents. Mais il a exigé une fidélité à toute épreuve ; il a rédigé une liste d’œuvres à pratiquer pour parvenir au but escompté. Dans cette liste l’amour de Dieu et la philanthropie sont les mobiles essentiels : « Par amour qu'ils craignent Dieu… Qu'ils ne préfèrent absolument rien à Jésus-Christ » (RB c. 72). Une attention particulière est réservée aux plus démunis : « Soulager les pauvres. Vêtir celui qui est nu. Visiter les malades. Ensevelir les morts. Secourir ceux qui sont dans la tribulation. Consoler les affligés » (c. 4).

C

Disciple de Dom Guéranger, Dom Leduc, touché par la misère des pauvres, pleinement imprégné de l’esprit de saint Benoît et de sa Règle, a compris que le Seigneur a principalement révélé le nom et la tendresse de son Père parmi les pauvres et qu’il manifestait, par conséquent, un amour de prédilection pour les petits et les affligés. Il avait parfaitement assimilé la pensée de saint Benoît qui demande qu’on prenne soin des malades « ante omnia et super omnia » et qu’ils soient servis comme le Christ en personne (cf. RB 36).

Le chemin qui mène au Royaume passe par les pauvres : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt. 25, 40). Le Seigneur trône désormais dans les cieux, où il nous attend : « Je veux que là où je suis, ils soient eux aussi avec moi » ; il nous attend d’abord auprès des pauvres : « Moi, vous ne m’aurez pas toujours, mais des pauvres, vous en aurez toujours avec vous » (Jn. 12, 8).

Les consignes que Dom Camille donne à ses sœurs sont une exacte reprise de la doctrine évangélique, lorsqu’il dit que « les plus malheureux seront leurs préférés » (Manuel de la Règle, n. 274), que « les pauvres sont les maîtres que les servantes ont à servir » (Instructions pratiques, n. 296) et « doivent être honorés comme des maîtres » (Ibid., n. 297), que les sœurs doivent considérer la maison du pauvre comme la maison du Seigneur (Ibid., n. 338 ; Décl., n. 60). L’apostolat des Sœurs nous rappelle l’essentiel du message évangélique, à savoir que les pauvres sont bien le sacrement de la présence du Christ ; Dom Leduc était convaincu que leur service est considéré comme le prolongement du culte eucharistique (Ibid., n. 311).

La vie monastique est une vie cachée au service de la louange divine. Dom Leduc a voulu se mettre aussi au service du Seigneur caché dans la pauvreté et la misère ; la vie des Sœurs Servantes des Pauvres est également une vie cachée, d’une autre manière, puisqu’elle ne fait pas de bruit dans le monde, que, discrètement, loin des médias qui ne s’intéressent généralement pas à ce qui fait du bien, elle s’ingénie à soustraire les pauvres à leurs soucis et à donner de la paix et de la joie là où manquent les biens matériels ; elle est aussi une authentique vie de prière liturgique qui nourrit et féconde l’apostolat auprès des malades. En outre, le Père Fondateur exigeait de ses sœurs une ardente dévotion à Notre Dame afin de pouvoir trouver en elle un appui et un secours dans leur délicat service ; que celle qui s’est empressée de porter affection et soutien à sa cousine Élisabeth et que nous invoquons comme « salus infirmorum » nous conforte tous dans notre désir et notre recherche de la sainteté, notre salut !