Servantes des Pauvres
Oblates bénédictines

Au fil des jours

« Retour aux nouvelles

Première Profession de Sœur Marie Anne Foucauld 09-03-2019

Le 9 mars, en la fête de Sainte Françoise Romaine, patronne de la Congrégation, Sœur Marie Anne Foucauld, entourée de trois sœurs jubilaires de diamant – 60 ans de profession religieuse – a prononcé ses premiers vœux.

Homélie pour la profession temporaire de
Sœur Marie Anne-Foucauld

Par le Rd Père Sébastien PERDRIX, o.p.

9 mars 2019

Chère Soeur Marie Anne-Foucauld,

Je ne sais pas dans quel état intérieur vous vous trouvez à quelques minutes de faire votre première profession religieuse, mais il est certain qu’il y aurait de quoi être fortement impressionnée et de se sentir « toute petite ». En ce jour, fête de sainte Françoise Romaine, patronne de votre congrégation, trois sœurs jubilaires vont fêter leurs 60 ans de profession, en somme : « 180 années de fidélité cumulée » ! Quand on sort du noviciat, même débordante de générosité, on ne fait vraiment pas le poids ! La première profession a aussi pour effet immédiat l’entrée dans une autre étape de votre formation religieuse : celle du juniorat. Là encore, vous auriez des raisons d’avoir quelque appréhension. Car, en effet, il ne s’agit ni plus ni moins que de vivre pleinement le charisme de votre communauté, loin du nid douillet, je veux dire, du noviciat ! Soigner les malades, réconforter ceux qui sont dans la détresse et enseigner ceux qui sont dans l’ignorance du Christ. Rien que cela ! Rien que d'y penser, on peut se sentir comme écrasée sous le poids de la mission, vraiment toute-petite.

« Soeur Anne-Foucauld, ne crains pas, ma grâce te suffit, ma force se déploie dans ta faiblesse ! » Aujourd’hui, soyez-en certaine, de cette certitude de la foi, le bon Pasteur, le Père plein de tendresse, le Dieu de qui vient tout réconfort, vous donnera toutes les grâces nécessaires pour vivre votre vocation. C’est parce qu’Il vous donne le réconfort que vous serez en mesure de réconforter les Pauvres vers lesquels vous êtes envoyée. En vous engageant sur le chemin d’une consécration totale à Dieu, aujourd’hui aussi Dieu s’engage. En prenant son joug, vous savez aussi que Dieu s’engage à le porter avec vous : « mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger ». Que la croix que vous recevrez en signe de votre consécration vous rappelle le poids de la grâce qui désormais vous accompagne, ce poids qui rend tout fardeau léger.

Chère Soeur Anne-Foucauld, oui, tout est grâce. Mais n’allons pas trop vite, n’oublions tout de même pas la nature ! Ce serait un comble pour une religieuse formée à l’école de saint Benoît et de saint Thomas d’Aquin (!). Si, aujourd’hui, vous êtes prête à vous donner, c’est que vos sœurs ont discerné en vous une humanité assez riche pour faire un choix libre et le tenir dans la durée. Faire profession, c’est donc aussi pour vous l’occasion de rendre grâce pour tous ceux qui vous ont aidée à grandir à l’école des vertus, par leur exemple, leurs conseils et parfois leurs reproches bienveillants : en premier lieu votre famille, vos parents, vos amis et enfin vos formatrices et cette magnifique communauté. Votre oui est le beau fruit mûr de cette longue formation de votre humanité, formation qui a été « un entraînement au bien ». Vos désirs ont été progressivement éduqués si bien qu’aujourd’hui vous êtes suffisamment libre pour ne pas « mettre votre contentement dans l’accomplissement de tous vos désirs », mais seulement dans ceux qui vous orientent vers les vrais biens, vers le vrai Bien, le Dieu vivant.

En cette heure solennelle, vous avez, certes, des raisons divines, mais aussi des raisons bien humaines et donc nobles, d’être confiante. La formation de votre nature vous a disposée à entendre et faire la volonté du Maître. Même cette heureuse nature, perfectionnée par une solide formation humaine et religieuse est, elle aussi, un don. « Que n’as-tu que tu n’aies reçu ? » Oui, répondez-vous, « c’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis ».

Enfin, n’oubliez pas que la formation continue. En quittant le noviciat, vous n’en restez pas moins à l’école, à cette école où l’on apprend le service du Seigneur et donc aussi du prochain. Vos sœurs aînées, mais aussi les Pauvres, seront vos maîtres. Aimez-les et laissez-vous aussi enseigner, car la consécration religieuse ne nous retranche pas de l’humanité. Certes, elle vous donne d’exercer une certaine maternité spirituelle, mais vous n’en demeurez pas moins une soeur. Que l’humilité vous maintienne proche de tout homme, avec une préférence pour les malheureux.