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Profession temporaire de Sœur Marie Jeanne Émilie06-08-2018

Sœur Marie Jeanne Émilie

6 août 2018 – Transfiguration du Seigneur

Profession temporaire de Sœur Marie Jeanne Émilie

Homélie du R.P. Édouard DIVRY, o.p.

La Transfiguration est le sacrement de notre seconde régénération. Pourquoi seconde, telle que saint Thomas l’a dit, et répété le Catéchisme de l’Église catholique ? Car le premier sacrement de notre régénération, c’est le baptême. Sœur Marie Jeanne Émilie, vous avez été baptisée, et vous avez cherché la radicalité de votre baptême en entrant le 7 octobre 2015 chez les Servantes des Pauvres. Vous faites profession temporaire dans cette Communauté où vous désirez suivre le Christ pauvre, chaste et obéissant. Lors de sa passion, Jésus a accepté la défiguration par amour pour nous. Jésus a donné sa vie pour nous, nous aussi nous devons donner notre vie pour nos frères, dit saint Jean. Le chemin peut sembler rude, mais aujourd’hui Jésus se montre transfiguré. La défiguration, qui peut être crainte, laisse la place à la transfiguration, l'espérance.

Le 6 août 1978, il y a quarante ans, mourait le bienheureux Paul VI, qui sera canonisé prochainement, le 14 octobre. Pour l’Angelus, il avait préparé ce message qu'il n’a pu lire, tant proche était sa fin : « La transfiguration du Seigneur, disait-il, nous invite à tourner notre pensée vers le destin immortel que le fait en lui-même recouvre. Sur la cime du Thabor, le Christ dévoile pour quelques instants la splendeur de sa divinité, et se manifeste tel qu’Il est réellement : le Fils de Dieu, "l’irradiation de la Gloire du Père et l’empreinte de sa substance. (cf. He 1,3)." Alors que nous venons de méditer ces mots de l’épître aux Hébreux, lors de votre retraite sur ce thème, il est émouvant de les lire sous la plume du bienheureux Pape au jour de la Transfiguration. Et ce dernier poursuit, en évoquant l’héritage promis des saints dans la lumière, « ce corps qui se transfigure, écrit-il, devant les yeux stupéfaits des apôtres est le corps du Christ notre frère, mais il est aussi notre corps destiné à la gloire. » Saint Paul, ajoutons-le, a affirmé de toute sa foi que le Christ transfigurera nos corps de misère à l’image de son corps de gloire. Cette espérance ne peut décevoir ; et le futur saint concluait : « Une destinée incomparable nous attend si nous vivons loyalement notre vocation chrétienne selon les conséquences logiques des engagements de notre baptême. »

L’Église n’hésite pas à proclamer la précellence de la vie religieuse sur la vie ordinaire. Elle met cependant en garde contre tout esprit d’orgueil : Etsi virgines sunt, quid prodest integra caro, mente corrupta? Melius est humile coniugium, quam superba virginitas, disait saint Augustin dans son commentaire du Psaume 99. En des termes brefs : qu’il vaut mieux un mariage humble, une vie de famille unie, une famille humble, qu’une virginité orgueilleuse. Mais tel n’est pas votre cas, sœur Marie Jeanne Émilie que j’ai connue lors des sessions de théologie. La transfiguration n’en demeure pas moins le modèle des consacrés. C’est Jean-Paul II qui proposait ce mystère dans Vita consecrata, car elle est la fête de notre divinisation disent les Pères de l’Église ; et le moyen le plus direct, c’est l’imitation de Jésus pauvre, chaste et obéissant. Qui saurait en douter ? En servant les Pauvres, vous vous approchez de Lui. Celui qui prétend demeurer en Lui doit demeurer à son tour comme celui-là s’est conduit, dit saint Jean, et il nous a reporté une parole directe de Jésus : « c’est un modèle que je vous ai donné pour que vous fassiez vous aussi comme moi j’ai fait pour vous » à l’occasion du lavement des pieds. Au-delà des moyens particuliers de la vie religieuse, la transfiguration du Seigneur nous indique la fin, la finalité, nous savons tous que, lors de cette manifestation finale, nous verrons Dieu tel qu’Il est, non en miroir ni en énigme, mais face à face, en attendant, le visage découvert, réfléchissant, frères et sœurs, comme en un miroir la gloire du Seigneur transformé en cette même image, allant de gloire en gloire.

Amen.