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Profession Perpétuelle de Sœur Marie-Vianney 08-06-2018

Sœur Marie-Vianney Le 8 juin de l’An du Seigneur 2018, en la solennité du Sacré Cœur de Jésus, Sœur Marie Vianney a émis ses vœux perpétuels au cours de la messe solennelle concélébrée sous la présidence du Très Révérend Père Dom Jean PATEAU, Abbé de Notre Dame de Fontgombault.

« La vraie consécration consiste à donner à Dieu la totalité des petites choses comme des grandes, les moindres mouvements de l’âme comme les choses les plus importantes, c’est l’orientation générale de la vie qui n’échappe en rien à Dieu. Que la volonté de Dieu devienne en nous la loi souveraine. C’est alors la vraie consécration, c’est l’envahissement du Seigneur. Il faut que l’âme dise dans toute sa vie, dans tous ses actes : “Laeta obtuli universa” ». Mère Cécile Bruyère.

Fête du Sacré-Cœur 8 juin 2018

Profession Perpétuelle de Sœur Marie-Vianney

Homélie du Très Révérend Père Dom Jean Pateau

Abbé de Notre-Dame de Fontgombault

Os 11,1.3-4, 8c-9
Ep 3,8-12, 14-19
Jn 19, 31-37

L’amour de Dieu pour l’humanité s’exprime de façon visible, tangible, dans le Cœur Sacré de Jésus. C’est sans aucun doute le plus grand et le plus incompréhensible des mystères de la foi. Que Dieu se connaisse et s’aime, c’est normal. Qu’il nous connaisse et qu’il nous aime, c’est déjà assez étonnant. N’a-t-il pas à s’occuper d’autres affaires ? Qu’il s’incarne venant rencontrer, toucher et subir, les blessures et les faiblesses de notre humanité, c’est inattendu, inespéré.

Le Cœur Sacré de Jésus est un cœur blessé : un cœur blessé par amour et pour l’amour, un cœur blessé par la lance d’un homme et pour les hommes.

De cette blessure se répandent le sang et l’eau, remèdes à nos propres blessures. Par nos plaies, Jésus s’introduit en nous, rajeunissant nos cœurs malades par l’éternelle beauté de Dieu.

S’offrir à ce mystère, c’est abandonner son cœur pour qu’il devienne lui aussi un cœur blessé ; non pas par le péché, mais blessé au contact de l’amour divin, un cœur enflammé du feu de Dieu. S’ouvrir à ce mystère, c’est expérimenter la miséricorde divine, « le projet éternel que Dieu a réalisé dans le Christ Jésus notre Seigneur » ( Ep 3,11 ) tout particulièrement aux jours de sa Passion.

Trop souvent, comme Pierre assis au milieu des valets, à l’interrogation de la servante : « Toi aussi, tu étais avec Jésus, le Galiléen ! », nous pourrions bien répondre : « Je ne sais pas de quoi tu parles… Je ne connais pas cet homme. » ( Mt 26,70;72 ) Pierre renie le Maître, mais ment-il pour autant ? À l’heure qu’il est, c’est vrai, il n’a pas expérimenté « l’insondable richesse du Christ. » ( Ep 3,8 ) Il ignore « la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur » de la miséricorde de Dieu. Le chef des Apôtres ne soupçonne pas, qu’un jour, il aura le vital besoin d’en recevoir la santé. Il était prêt à tout pour combattre au côté d’un Dieu vainqueur, pour le défendre même. L’annonce d’un triple reniement n’émousse pas son orgueil : « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas. » ( Mt 26,35 ) Souvenons-nous tous de cela, tout particulièrement nous qui par notre vocation sommes ou devrions-être les plus proches de Jésus à travers la vie religieuse et le sacerdoce, et vous-même qui aujourd’hui prononcez vos vœux perpétuels.

Le Seigneur a permis la chute. Trois fois, Pierre renie. Pourtant, alors que tout semble fini, son regard humilié et implorant se porte une dernière fois vers Jésus.

À cet instant, les yeux vides de l’Apôtre sont illuminés d’une lumière jusque-là inconnue. Pierre avait vu des miracles, des guérisons. C’était pour les autres…

Alors que la miséricorde touche son cœur de pierre, il expérimente une présence nouvelle, miséricordieuse et consolante qui guérit son cœur malade, ce cœur qu’il avait caché, qu’il s’était même dissimulé ; ce cœur que Dieu avait déjà aimé avant que Pierre comprenne qu’il devait à son tour, lui aussi, l’accepter, le reconnaître et l’aimer en Dieu.

Au fond ce qui émeut peut-être le plus l’Apôtre, c’est de se reconnaître et surtout de se connaître en vérité dans ce regard. Contrairement à ce qu’il craignait, Dieu ne le juge pas mais lui offre son pardon.

Désormais, converti, il pourra suivre son maître.

Par les yeux où la lumière de Dieu a pénétré, des larmes amères s’écoulent emportant les débris d’un amour propre effondré. Le temps est loin désormais où le Seigneur devait lui dire : « Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » ( Mt 16,23 ) L’Apôtre ne sera plus un obstacle à la miséricorde de Dieu. Bien plus, il pourra lui aussi faire miséricorde. Pour faire des miracles, il faut être d’abord un miraculé.

Oui, ma bien chère sœur, voilà le programme, voilà ce à quoi vous invite Jésus : à faire des miracles, des miracles de miséricorde.

En choisissant avec Mère Générale cette fête, pour prononcer vos vœux perpétuels, aviez-vous conscience des risques que vous preniez ? Nul ne peut sortir indemne d’une rencontre avec la miséricorde de Dieu. Le cœur blessé de Jésus blessera toujours plus profondément votre cœur faisant de vous une Servante des Pauvres selon son Cœur. Plus votre blessure ressemblera à sa propre Blessure, plus vous consumerez votre vie pour les pauvres, pour les malades, pour l’Église, pour les prêtres aussi à la sanctification desquels est consacrée la prière de ce jour. Jésus fait de vous son épouse. Il ne s’agira plus pour vous de planifier, deprévoir, de savoir… il s’agira de le suivre partout où il va. Vous serez les mains de Jésus pour les pauvres de notre temps.

Si les forces vous manquent, – comment ne manqueraient-elles pas ? – chaque jour, chaque instant, il vous faudra lever votre regard vers Jésus, lui présentant votre misère et implorant le regard vivifiant de sa miséricorde. Il ne vous décevra pas. Cultivez l’intimité avec votre époux dans le silence de l’oraison et dans la prière liturgique, deux parts importantes de vos journées.

Permettez-moi d’achever par deux prières qui vous concernent, ainsi que vos sœurs en cette belle vie :

Des religieuses de Port Royal, on disait : « Pures comme des anges, orgueilleuses comme des démons ! » Chez ces femmes, la pureté, la sainteté, séparaient, rendaient stériles. Demain nous fêterons le Cœur immaculé de Marie. Comme le Cœur Sacré de Jésus, le Cœur de Marie est si pur qu’il peut s’approcher, toucher même, le cambouis de nos vies sans risquer de se salir. À l’école de Marie, que votre pureté, votre fidélité, votre sainteté, soient fécondes, vous ouvrant au soin de toute misère.

Enfin, à l’image de Marie, ayez conscience que vos professions vous consacrent tout particulièrement comme médiatrices de la miséricorde de Dieu. Lorsque vous faites la miséricorde d’une visite, d’un soin, à un pauvre, à un malade, et que celui-ci vous regarde, vous lui offrez la grâce de vivre un grand mystère, celui que Pierre, que vous-même, que tant d’autres, ont un jour vécu. En vous regardant, « ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé. » Pour cela, pour la profession de ce jour, pour les professions passées et à venir, que Dieu soit béni.

Amen.