
Qui n'a pas entendu parler du petit oratoire, installé dans un renfoncement de mur, entre les n° 5 et 7 de la rue de la Harpe ? Désormais il fait partie du décor familier pour le tout-venant…
« Les plus malheureux seront leurs préférés… » sans doute, parce qu'ils sont les préférés de Notre-Dame.
Après avoir sonné au n° 9, pour recevoir quelques provisions pour sa famille, un papa, accompagné de ses deux enfants, remonte la rue ; en passant devant l'oratoire, il s'arrête, observe les deux sœurs au travail, puis engage la conversation :
- « Ben, vous croyez à tout ça, vous ? à Lourdes ? Vous croyez aux miracles ? Vous croyez qu'elle fait des miracles, elle, et qu'elle peut guérir ? Moi, je suis à la “Cotorep” à 50%, j'ai une hernie discale ; je suis inopérable ; Je n'peux plus travailler. J'avais un emploi aux abattoirs : mais comme je n'peux plus rien porter, je n'peux plus travailler. »
Tout à coup, il change de conversation :
- « Ma sœur, j'peux vous poser une question indiscrète ? Est-ce que c'est vrai que vous n'avez pas d'enfants ? Moi, j'ai des enfants ? Qu'est-ce que vous en pensez, c'est bien ?
- « J'aimerai bien guérir vous savez, parce que c'est dur ! Vous croyez, vous, aux miracles ? »
Et ainsi pour les uns et les autres : s'arrêter, échanger quelques mots en passant ; c'est l'occasion d'ouvrir son cœur quelques instants, et de déposer quelque lourd souci, quelque peine profonde...le temps de lâcher un moment son fardeau, avant de reprendre sa route peineuse. Pratiquement personne ne passera indifférent : un simple sourire, le geste de la main d'un chauffeur de voiture... la rue est si étroite qu'il faut bien ralentir.
Plus tard, c'est une dame qui passe :
- « Vous savez, je l'aime bien ! Souvent je passe devant elle, et je la prie ! J'habite près de Bressuire, mais en ce moment je loge à côté, depuis que mon mari a eu une grave opération. Cela fait 15 jours qu'il est en réanimation. Il a fait une complication pulmonaire. Je m'arrange avec des amis qui m'apportent du linge de rechange, pour lui et pour moi. Enfin, j'espère qu'il va bientôt sortir !… ça commence à aller mieux… »
À un autre moment, voici qu'un jeune, âgé de 16-18 ans, remonte la rue, en compagnie de 2 filles du même âge. Ils bavardent ensemble et leur conversation semble vive et bien gaie. Mais en approchant, le garçon regarde vers la statue. Arrivé à la hauteur de l'oratoire il interpelle la sœur. Malgré son ton gouailleur et son air effronté, son regard ne peut se détacher de Notre-Dame :
- « Elle est belle comme ça !… tout en or ! » ajoute-t-il.
En effet, la statue brille au soleil et se couvre de reflets dorés.
Le petit oratoire incite doucement à la prière, et la boîte aux lettres recueille tous les billets sur lesquels sont griffonnés des intentions, des messages, des appels :
Une messe est célébrée spécialement tous les 15 jours, à la communauté, à l'intention de tous les protégés de Notre Dame des Rues.
Pour terminer, voici une petite anecdote : un matin, nous trouvons la Vierge décorée d'un collier – fabrication un peu malhabile – et, dans la boite à intentions, ce petit mot :
« le collier, ça vous plait ? »
Aussitôt nous accrochons à notre tour un autre collier – une simple ficelle – avec une carte : « Merci pour le collier ! »
Quelque temps plus tard, au dos de cette carte est écrit :
« C'est normal ! Vierge Marie, paix à toi et à tous ceux que tu aimes ! Merci "encore" pour tout. »