Servantes des Pauvres
Oblates bénédictines

Au service des Pauvres et de leur famille

Une autre de nos communautés raconte

Nous avons accompagné quatre mourants cette année, mais c'est en établissement hospitalier qu'ils ont vécu leur Pâque ; notre présence soignante à domicile s'est donc muée en présence de visites à l'hôpital ou à la clinique. L'un de ces accompagnements nous a beaucoup marquées :

Madame Y. vivait seule depuis des années avec son fils ; tous deux étaient malades psychiatriques et son fils, de surcroît alcoolique, vivant la nuit, dormant le jour. Ils s'étaient peu à peu laissés enfermer dans leur situation, avec un mode de vie infra humain : volets clos, jamais de ménage, ni de lessive, ni de cuisine, ni de visites hormis celles du médecin, du pharmacien, du livreur de Marché Plus, et de la sœur. Un jour que celle-ci proposait à Madame Y. de changer quand même une fois les draps de son lit, celle-ci lui dit : « Ce n'est pas la peine, nous avons maintenant atteint un point de non-retour ». La maladie psychiatrique et l'âge de Madame Y. s'avançant, nous sommes allées dans cette maison de plus en plus souvent et de plus en plus longtemps, prenant en charge progressivement les médicaments, puis la toilette, puis de petits services ménagers ; il fallait surtout une disponibilité, une écoute et une patience à toute épreuve. Madame Y. avait une foi vivante, mais il ne pouvait être question d'amener un prêtre à la maison : elle avait trop honte pour laisser entrer quiconque, hormis les habitués. Puis son état s'aggrava rapidement et une hospitalisation devint impérative, qui dura 2 mois. Un retour à la maison avec chambre médicalisée et mise en place d'une aide-ménagère, fut préparé mais inutile : le service de gériatrie nous prévint qu'elle était proche de sa fin. Visites diurnes et deux nuits de veille par les sœurs, puis les passages du prêtre apportant le réconfort et les sacrements, permirent de la préparer à la grande Rencontre. Durant ce temps, à la maison, son fils était accompagné par le médecin généraliste, un médecin qui avait bien compris ces deux Pauvres et les avait pris en charge d'une façon remarquable. Apprenant que Madame Y. était mourante, le Docteur Z. comprit tout de suite que son fils X. devait se trouver en milieu protégé pour vivre le départ de sa maman, si on voulait éviter un drame : il fit pour lui un placement d'office. Si bien que tout se passa bien mieux que nous n'aurions jamais pu l'espérer. Depuis la mort de sa maman, X. retrouve une manière humaine de vivre, et semble s'ouvrir tout doucement à Dieu. Ainsi, le Seigneur avait lui-même dénoué, à travers les évènements et les accompagnements nécessaires et concertés, ce nœud inextricable qui les étranglait tous les deux, libérant à la fois la mère et le fils.

Cet accompagnement nous a permis de toucher du doigt la qualité des soins palliatifs dispensés dans certains services hospitaliers. Il nous a aussi stimulées à travailler pour qu'il en soit de même à domicile, où les choses sont encore beaucoup plus embryonnaires. Pour ce faire, des collaborations multiples sont indispensables, afin de rendre possible cet accompagnement qui, autrement, serait trop lourd ; les veilles de nuit auprès des mourants par exemple : autrefois, elles allaient de soi et, parce que partagées entre plusieurs, elles étaient possibles sans être écrasantes. Or, si il y a un moment dans la vie, où l'homme a besoin plus que jamais d'être accompagné et soutenu par une présence chrétienne et fraternelle, c'est bien l'heure de sa mort. Il nous faudrait, ensemble, recommencer à veiller nos mourants.